lundi 14 mai 2012

Contre le châtiment corporel des enfants, selon Quintillien, vers 95.


« Cædi vero discentes, quamquam et receptum sit et Chrysippus non improbet, minime velim: : primum, quia deforme atque servile est, et certe, quod convenit si ætatem mutes, injuria ; deinde, quod si cui tam est mens illiberalis, ut objurgatione non corrigatur, is etiam ad plagas, ut pessima quæque mancipia, durabitur ; postremo quod ne opus erit quidem hac castigatione, si assiduus studiorum exactor astiterit. Nunc fere negligentia pædagogorum sic emendari videtur, ut pueri non facere, quæ recta sunt, cogantur, sed, quum non fecerint, puniantur ; denique quum parvulum verberibus coegeris, quid juveni facias, cui nec adhiberi potest hic metus, et majora discenda sunt ? Adde quod multa vapulantibus dictu deformia, et mox verecundiæ futura, sæpe dolore vel metu accidunt, qui pudor refringit animum, et abjicit, atque ipsius lucis fugam et tædium dictat. Jam si minor in diligendis custodum et præceptorum moribus fuit cura, pudet dicere, in quæ probra nefandi homines isto cædendi jure abutantur, quam det aliis quoque nonnunquam occasionem hic miserorum metus. Non morabor in parte hac : nimium est quod intelligitur ; quare hoc dixisse satis est, in ætatem infirmam, et iujuriæ obnoxiam, nemini debere nimium licere. »

« Loin de nous le châtiment ignominieux qu'on inflige aux enfans, quoique l’usage l’autorise, et que Chrysippe ne le désapprouve pas. D’abord c’est un traitement indécent et servile, puisqu’on est forcé de convenir que ce serait un outrage cruel à tout autre âge ; ensuite l’élève assez malheureusement né pour que les réprimandes ne fassent rien sur lui, s’endurcira bientôt aux coups comme le plus vil esclave. Enfin on sera dispensé de recourir à ce moyen en ayant près de l’enfant un surveillant assidu, qui exige qu’il lui soit rendu un compte exact des études. Mais, aujourd’hui, c’est la négligence des maîtres qu’on semble punir dans les enfans ; car on ne les châtie pas pour les forcer à bien faire, mais à cause de ce qu’ils n’ont pas fait. Enfin, si vous employez ce genre de correction dans le bas-âge, que ferez-vous quand l'élève sera plus grand, et que vous ne pourrez plus l’en menacer ? Cependant il aura des choses bien plus difficiles à apprendre. Ajoutez à cela que la douleur ou la crainte font faire souvent à ceux qu’on traite de la sorte des actions que la pudeur ne permet pas de nommer, et qui les couvrent de honte dans la suite. C’est assez pour flétrir l’âme et la dégrader, et pour faire fuir et détester la lumière. Que sera-ce si l’on n’a apporté qu’un soin médiocre à s’assurer des mœurs des surveillans et des précepteurs! Je rougis de dire à quels excès peuvent se porter des hommes infâmes en abusant de ce honteux châtiment, et combien d’autres désordres prennent aussi leur source dans la crainte même qu’ils inspirent aux malheureux enfans. Je ne m’arrêterai pas plus long-temps sur ce point : on ne m’aura que trop compris. Qu’il me suffise d’avoir fait sentir combien on doit être sobre de mauvais traitemens envers un âge faible et sans défense contre les outrages. »

Référence.

Marcus Fabius Quintilianus dit Quintillien, De Institutione Oratoria, Livre I, Chapitre 3 ; traduction par C. V. OUIZILLE (chef de bureau au ministère de l'Intérieur), Institution Oratoire de Quintillien, tome 1, C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829, p. 56-59.

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