lundi 14 mai 2012

Contre les châtiments corporels, l'humiliation et la surcharge des enfants, selon Plutarque, Ier siècle


[12] Κἀκεῖνό φημι, δεῖν τοὺς παῖδας ἐπὶ τὰ καλὰ τῶν ἐπιτηδευμάτων ἄγειν παραινέσεσι καὶ λόγοις, μὴ μὰ Δία πληγαῖς μηδ´ αἰκισμοῖς. Δοκεῖ γάρ που ταῦτα τοῖς δούλοις μᾶλλον ἢ τοῖς ἐλευθέροις πρέπειν· ἀποναρκῶσι γὰρ καὶ φρίττουσι πρὸς τοὺς πόνους, τὰ μὲν διὰ τὰς ἀλγηδόνας τῶν πληγῶν, τὰ δὲ καὶ διὰ τὰς ὕβρεις. Ἔπαινοι δὲ καὶ ψόγοι πάσης εἰσὶν αἰκίας ὠφελιμώτεροι τοῖς ἐλευθέροις, οἱ μὲν ἐπὶ τὰ καλὰ παρορμῶντες οἱ δ´ ἀπὸ τῶν αἰσχρῶν ἀνείργοντες. Δεῖ δ´ ἐναλλὰξ καὶ ποικίλως χρῆσθαι ταῖς ἐπιπλήξεσι καὶ τοῖς ἐπαίνοις, κἀπειδάν ποτε θρασύνωνται, ταῖς ἐπιπλήξεσιν ἐν αἰσχύνῃ ποιεῖσθαι, καὶ πάλιν ἀνακαλεῖσθαι τοῖς ἐπαίνοις καὶ μιμεῖσθαι τὰς τίτθας, αἵτινες ἐπειδὰν τὰ παιδία κλαυθμυρίσωσιν, εἰς παρηγορίαν πάλιν τὸν μαστὸν ὑπέχουσι. Δεῖ δ´ αὐτοὺς μηδὲ τοῖς ἐγκωμίοις ἐπαίρειν καὶ φυσᾶν· χαυνοῦνται γὰρ ταῖς ὑπερβολαῖς τῶν ἐπαίνων καὶ θρύπτονται.

[12] On doit porter les enfants à l'amour du bien, par la douceur et la persuasion, jamais par des punitions dures et humiliantes, qui conviendraient tout au plus à des esclaves et non à des enfants de condition libre. Les mauvais traitements et les affronts les découragent et les rebutent ; les éloges et les reproches réussissent bien mieux que la rigueur et la sévérité ; les uns portent au bien, les autres les détournent du mal. Il faut donc en user tour à tour : s'ils se laissent aller à une confiance présomptueuse, humiliez leur orgueil par des reproches salutaires, et relevez ensuite leur courage par des louanges bien ménagées, comme les nourrices, après avoir fait pleurer leur enfant, le consolent en lui présentant la mamelle. Mais qu'on évite aussi de les enorgueillir par des louanges excessives qui les rempliraient d'amour-propre et de vanité.


[13] Ἤδη δέ τινας ἐγὼ εἶδον πατέρας, οἷς τὸ λίαν φιλεῖν τοῦ μὴ φιλεῖν αἴτιον κατέστη. Τί οὖν ἐστιν ὃ βούλομαι λέγειν, ἵνα τῷ παραδείγματι φωτεινότερον ποιήσω τὸν λόγον; Σπεύδοντες γὰρ τοὺς παῖδας ἐν πᾶσι τάχιον πρωτεῦσαι πόνους αὐτοῖς ὑπερμέτρους ἐπιβάλλουσιν, οἷς ἀπαυδῶντες ἐκπίπτουσι, καὶ ἄλλως βαρυνόμενοι ταῖς κακοπαθείαις οὐ δέχονται τὴν μάθησιν εὐηνίως. Ὥσπερ γὰρ τὰ φυτὰ τοῖς μὲν μετρίοις ὕδασι τρέφεται, τοῖς δὲ πολλοῖς πνίγεται, τὸν αὐτὸν τρόπον ψυχὴ τοῖς μὲν συμμέτροις αὔξεται πόνοις, τοῖς δ´ ὑπερβάλλουσι βαπτίζεται. Δοτέον οὖν τοῖς παισὶν ἀναπνοὴν τῶν συνεχῶν πόνων, ἐνθυμουμένους ὅτι πᾶς ὁ βίος ἡμῶν εἰς ἄνεσιν καὶ σπουδὴν διῄρηται. Καὶ διὰ τοῦτ´ οὐ μόνον ἐγρήγορσις ἀλλὰ καὶ ὕπνος εὑρέθη, οὐδὲ πόλεμος ἀλλὰ καὶ εἰρήνη, οὐδὲ χειμὼν ἀλλὰ καὶ εὐδία, οὐδ´ ἐνεργοὶ πράξεις ἀλλὰ καὶ ἑορταί. Συνελόντι δ´ εἰπεῖν ἡ ἀνάπαυσις τῶν πόνων ἐστὶν ἄρτυμα. Καὶ οὐκ ἐπὶ τῶν ζῴων μόνων τοῦτ´ ἂν ἴδοι τις γιγνόμενον, ἀλλὰ καὶ ἐπὶ τῶν ἀψύχων· καὶ γὰρ τὰ τόξα καὶ τὰς λύρας ἀνίεμεν, ἵν´ ἐπιτεῖναι δυνηθῶμεν. Καθόλου δὲ σῴζεται σῶμα μὲν ἐνδείᾳ καὶ πληρώσει, ψυχὴ δ´ ἀνέσει καὶ πόνῳ.

[13] Au reste, je connais des pères qui, pour trop aimer leurs enfants, en sont réellement les ennemis. Il en est, par exemple, qui, trop jaloux de leur voir faire les progrès les plus rapides et obtenir en tout une supériorité marquée, les surchargent d'un travail forcé dont le poids les accable. Il en résulte un découragement qui leur rend les sciences odieuses. Les plantes modérément arrosées croissent facilement ; une eau trop abondante en étouffe le germe. Ainsi l'âme se nourrit et se fortifie par un travail bien ménagé ; l'excès l'accable et éteint ses facultés. Il faut donc donner du relâche aux enfants et se souvenir que tout, dans la vie humaine, est partagé entre l'action et le repos. On veille le jour et on dort la nuit. La paix succède à la guerre et le calme à la tempête. Les jours de travail sont interrompus par des jours de fêtes : en un mot, le repos est l'assaisonnement du travail. Nous en voyons la preuve, non seulement dans les êtres animés, mais encore dans les choses insensibles. Les arcs et les lyres ont besoin d'être détendus pour nous servir utilement. Enfin, le corps ne se conserve que par la vicissitude du besoin et de la nourriture, et l'esprit ne se soutient que par l'alternative de l'action et du repos.

Référence.

Ploutarkhos, dit Plutarque, Peri paidôn agôgès [Sur l'éducation des enfants], 12-13 ; traduction par RICARD, Œuvres morales de Plutarque, tome 1, Lefèvre, Paris, 1844, p. 17-18.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire