mardi 15 mai 2012

Contre les châtiments corporels, C. Kilian, 1900



                                                                                                                     14 juillet 1856.

La main de l'homme demande à être  purifiée même lorsqu'elle s'élève pour prier  et pour bénir. Comment  ose-t-on donc  l'abattre sans remords sur un enfant  faible et innocent qu'il ne faudrait pas  toucher même avec une fleur?

Si l'on se permet un tel abus de sévérité à cet âge d'innocence, et pour une  peccadille, comment punira-t-on plus tard  des fautes plus graves et plus répréhensibles ?

Grâce à Dieu, nos familles sont affranchies des mœurs des anciens Romains,   le pater-familias avait sur ses enfants droit de vie et de mort. Ce dernier pouvait infliger à ses fils les châtiments corporels les plus cruels, sans qu'il fût permis même de faire appel aux tribunaux,  qui n'acceptaient jamais la plainte d'un  fils contre son père.

Nous nous glorifions du triomphe des  principes de justice et d'humanité et nous  tirons vanité de l'adoucissement des  mœurs. Mais hélas ! de combien de grossièreté est encore entachée l'éducation de  nos enfants ! Quel mélange de barbarie  et de raffinement, de noblesse et de bassesse ! Si l'on n'ose plus mutiler le corps  de l'enfant, ne peut-on pas mutiler son  âme ? Et le respect de l'âme commence  par le respect du corps qui en est le temple.

Toute punition qui n'a pas un caractère moral, n'est qu'un acte de brutalité. On  ne peut frapper le corps, sans blesser l'âme, sans attenter à sa dignité et au  respect de soi-même.

Sommes-nous donc assurés que la Providence nous favorisera de moyens assez efficaces pour purifier le temple que nos  mains ont profané ?

En battant nos enfants, nous n'abattrons aucun des mauvais penchants qu'il  importe de redresser et de relever. Ne  voyez-vous pas chaque jour, que ce sont  surtout les enfants battus qui frappent à  leur tour leurs poupées, leurs frères et  sœurs ?

Serait-ce trop demander que de souhaiter que toute famille qui a le sentiment de  la dignité humaine, inscrive dans son code  disciplinaire l'abolition des punitions corporelles, ce dernier vestige infamant de la  barbarie ? Ne serait-ce même pas possible pour garantir à l'enfance le respect qu'on doit à son âge de faire prendre à  tous les  jeunes mariés devant la loi et devant l'autel, l'engagement solennel de renoncer à  ces pratiques indignes de notre civilisation ? 

Référence.

C. KILIAN, Grand-père et petit-fils : histoire d'un enfant, Fischbacher, Paris, 1900, p. 67-70.

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