lundi 25 février 2013

L'individualisme aux États-Unis, selon Joseph A. Mikus, 1969


Les États-Unis, décrits dans le texte suivant, rencontraient, dès 1969, des problèmes qui se rapprochent grandement de ceux que nous rencontrons aujourd'hui en France et en Europe occidentale...


L'Amérique, qui a réussi à créer la prospérité, n'a pas encore pu trouver une philosophie sociale comparable. Elle vit toujours avec la mentalité des émigrants qui, par rapport aux autorités du pays, prennent une attitude défensive. Depuis les origines, les hommes sont venus en Amérique pour échapper à l'oppression politique, militariste, religieuse, à l'exploitation économique et sociale. Par leur travail et leurs efforts, et grâce à certaines circonstances heureuses, ils ont organisés un vaste pays. Mais ils n'ont pas réussi à mettre leur rêve de liberté presque illimitée en harmonie avec les exigences modernes de discipline, indispensable à tout gouvernement. Tout pays, se trouvant en guerre ou non, a besoin d'un certain degré de solidarité, d'unité, sinon d'uniformité.

Cependant, la philosophie des Américains ne s'appuie pas sur un patriotisme que l'on peut trouver dans les pays de vieille culture. On s'oppose à la moindre restriction et on est loin d'être d'accord sur les buts essentiels à atteindre. Ici, l'idée de liberté prend une signification négative sans être contrebalancée par les aspects positifs.

L'expression propre de cette philosophie, c'est l'individualisme. Elle est aux antipodes du collectivisme, bien sûr, mais elle est aussi fort éloignée de la philosophie du centre, c'est dire du personnalisme de Mounier ou de Maritain. L'individualisme est une ontologie réduisant le concept même de la société au minimum. Dans le conflit entre l'intérêt social et individuel, c'est le dernier qui prévaut. Le pragmatisme est la philosophie d'action de l'individualisme, selon laquelle l'individu agit, non pas dans le cadre du bien commun, mais en vue d'atteindre ses propres objectifs, son propre bien. La vérité valable pour tous existe à peine : chacun a sa propre vérité.

L'individualisme prédomine surtout dans l'économie qui, à peine contrôlée par l'autorité publique, est la force motrice principale du pays.

Elle ressemble à un cheval emballé qui, dans sa course, ravage le champ des valeurs sociales.

La crise la plus apparente sévit au sommet, sur le plan de la religion, c'est-à-dire de la religion organisée, en commençant par les innombrables confessions dont l'universalité finit à la limite de la paroisse (comme chez les baptistes) et en terminant par le catholicisme. Cette religion est en train de perdre la lutte contre les forces adverses.

Le mouvement « God is dead » marque le point zéro de cette crise.

Y a-t-il des valeurs supérieures par dessus les intérêts individuels et matériels ? Beaucoup de gens répondent par la négative.

Le système politique qui, d'après la constitution, devrait être impartial, c'est-à-dire qui ne devrait pas favoriser une confession quelconque au détriment des autres, est en fait, sous prétexte d'impartialité, indifférent vis-à-vis de la religion tout court.

Au lieu de profiter des aspects positifs de la religion pour renforcer la trame morale et sociale de la nation, l'Union Américaine refuse pour ainsi dire à la religion toute fonction ordonnatrice, en la considérant comme une affaire strictement privée. Elle la met par conséquent au même niveau que l'athéisme et toute autre forme d'indifférence, d'irréligiosité ou de libertinage.

Dépourvues de tout élément de sanction spirituelle ou sociale, les valeurs morales sont remises en question de fond en comble. Le système a pratiquement abandonné l'individu et le citoyen à lui-même. Le mariage qui, dans certains pays, jouit encore du respect d'une institution sinon d'un sacrement, et dont certains aspects sont protégés par le droit public, est devenu aux États-Unis une relation contractuelle, c'est-à-dire privée, qui peut être aisément dénoncée par l'une des parties. De ce fait, la nature même des relations sexuelles a bien changé. Leur prétention à l'exclusivité ayant disparu, elles commencent de plus en plus à revêtir le caractère de promiscuité. Cette réalité ne pouvait rester sans produire des effets néfastes sur la vie des enfants qui, d'un côté, s'émancipent plus vite en conséquence des mœurs plus libres de la société, et de l'autre restent plus souvent hors du contrôle des parents, ou du moins - de l'un d'entre eux.

La facilité avec laquelle les enfants peuvent gagner de l'argent développe chez eux une disposition à la dépense facile. Les garçons se mettent à fumer, à boire de la bière d'abord, du whisky ensuite ; les filles à s'acheter d'innombrables fanfreluches. À seize ans, chaque élève considère comme une question de prestige d'avoir un permis de conduire  et, par conséquent, une voiture. La voiture, cela donne donc aux jeunes  une indépendance rêvée dans leurs relations sociales, leur système multilatéral de rendez-vous.

Éduqués dans beaucoup de familles sans principes religieux, privés  prématurément du cadre familial, garçons et filles se mettent à pratiquer des expériences sexuelles dès la première occasion. Ainsi, le nombre des filles-mères d'âge scolaire est-il considérable. Elles confient du reste leurs enfants à des agences d'adoption, car la société regarde d'un très mauvais œil celles qui les gardent.

Dans les écoles publiques, l'éducation sexuelle, à partir du jardin  d'enfants, est en train d'être imposée comme sujet obligatoire. Au mois de mai 1969, sept cents parents se sont réunis dans une banlieue de Washington D.C. pour protester contre cette initiation prématurée en dehors d'un cadre moral et familial.

Dans les internats des collèges et universités, étudiantes et étudiants réclament partout le droit de faire des visites très avant dans la nuit dans les chambres de leurs camarades de l'autre sexe. Ces libertés sont presque généralement reconnues, même dans certaines institutions catholiques.

L'école, qui assure plutôt une instruction qu'une éducation, peut difficilement jouer un rôle dans la formation morale des enfants. L'éducation, surtout au niveau élémentaire, est inspirée du pragmatisme de John Dewey, mettant l'accent sur les dispositions naturelles de l'enfant.

Il faut donc développer les dispositions au lieu de les soumettre  à un système uniforme. Ainsi, une discipline dans le sens européen  n'y existe pas. Le maître ne peut appliquer aucune sanction contre  un élève récalcitrant et il lui est très difficile de le renvoyer de sa classe.

Dans certains cas, les élèves se sont révoltés contre leurs maîtres ou  professeurs en commettant des actes violents contre eux, actes allant  parfois jusqu'au meurtre. À New York, pendant un certain temps, 26 écoles secondaires n'ont pu maintenir leur discipline qu'en faisant appel à la police, et dans d'autres écoles la police est établie en permanence.

Un autre facteur dissolvant est la pornographie. Le marché des livres, profitant de la liberté de la presse, est considéré neutre sur le plan moral. Depuis des dizaines d'années qu'elle étudie la question, la Cour Suprême n'a pas réussi à définir clairement le concept même de l'obscénité. D'une part, elle a établi par plusieurs décisions que, pour être  pornographique, un ouvrage doit « exciter des idées lascives » chez le  lecteur ; d'autre part, cependant, elle a presque supprimé la responsabilité de l'auteur ou de l'éditeur pour un ouvrage en décidant que les  aspects négatifs du livre peuvent être contrebalancés par ses valeurs  sociales positives. Un livre peut donc être sauvé par le « rachat » des  valeurs mauvaises par les bonnes. De ce fait, la mise en vente pratiquement de n'importe quel ouvrage est autorisée. C'est ainsi que dans un  très grand nombre de drug stores et dans les librairies des gares, aérogares et autres, les magazines les plus osés sont accessibles à tous.

Cet état de choses est habilement exploité par plusieurs chaînes de profiteurs : les eaux troubles sont peuplées de requins qui, sous prétexte de « droits civiques », propagent le vice et la corruption. En quelques années, certains ont « fait » des fortunes se montant à des dizaines  de millions de dollars.

Outre le domaine du livre, la pornographie est en train d'inonder le cinéma et le théâtre. Les films à succès sont de plus en plus dévêtus et crus. Sur le plan du théâtre, on connaît même en Europe les excès du Living Theater de New York ! Le 25 mars 1969, le juge de la Cour Criminelle de New York, Walter C. Gladwin, a suspendu la représentation de la pièce « Ché » (Guevara) et a imposé à dix personnes (acteurs et auteur) une somme de 500 dollars de caution en les « incriminant d'actes de sodomie consentie et d'obscénité » commis sur la scène même du théâtre.

Un rôle particulièrement destructif est joué par la pseudo-psychologie. À côté de recherches de psychologie et de psychiatrie dans les mains de spécialistes respectés, il existe une pseudo-science qui s'efforce de justifier toutes les aberrations mentales que notre époque et notre civilisation urbaine font proliférer plus que jamais. Ses promoteurs prêchent ainsi le caractère périmé du mariage et l'entière liberté à la fois hétérosexuelle et homosexuelle. Toutes ces questions sont exposées et discutées avec une aisance peu commune ailleurs. Les points de vue pour ou contre sont défendus par une presse organisée, par des clubs et des groupes de pression. Il s'en suit des discussions et des polémiques.

Dans cette atmosphère, la liberté se sublime en libertinage.

Timothy Leary, Los Angeles, 1989
L'usage des drogues et des stupéfiants : marijuana, LSD et autres, présente un autre danger grandissant pour la société. Dans ce domaine aussi, des individus, à la recherche d'une exaltation momentanée (l'un des plus célèbres est un ancien professeur de Harvard University : Timothy Leary) (1), organisent des discussions publiques pour défendre cet usage comme un droit garanti par la Constitution. Beaucoup d'étudiants y participent et certains affirment, en toute honnêteté, que la drogue est moins malfaisante que l'alcool, voire totalement anodine.

La crise se manifeste sous un autre aspect non moins troublant : celle du patriotisme. Beaucoup de jeunes gens, effrayés d'être convoqués pour aller au Viet-Nam, brûlent leur « carte de recrutement », s'échappent au Canada ou bien encore se déclarent objecteurs de conscience.

D'après la loi de 1967 sur le recrutement, un objecteur de conscience peut être exempté du service militaire si, « en conséquence de son éducation, de ses convictions religieuses, il s'oppose en conscience à participer à la guerre en n'importe quelle qualité ».

Récemment, le juge principal du District judiciaire fédéral de Boston, Charles E. Wyzanski, a rendu un jugement dans le cas de John Heffron Sisson où il a déclaré anticonstitutionnelle cette partie de ladite loi. Il y affirme qu'elle est discriminatoire contre les athées, agnostiques ou autres car ceux-ci, « qu'ils aient des croyances religieuses ou non, sont amenés à leur objection au recrutement par des convictions morales profondes constituant l'essence même de leur être) (2).

Si cette interprétation de la loi de 1967 était approuvée par la Cour suprême, tout cela signifie que même ceux qui n'ont aucune croyance religieuse pourraient demander d'être exemptés du service militaire.

Ainsi, dans un cadre économique d'une aisance inouïe, la société américaine tout entière est secouée jusque dans ses fondements par une série de problèmes auxquels il semble difficile de pouvoir apporter des remèdes efficaces dans un proche avenir. 

Devant un tel développement, une question toute naturelle vient à l'esprit de chacun : que font les autorités publiques et le système juridique pour freiner sinon dominer la situation ?

Ici, il faut constater franchement que ce système se trouve pris de court pour faire face à la crise. En effet, le droit américain est trop compliqué, trop flexible, trop susceptible d'interprétations opposées pour être efficace. Il est, pour ainsi dire, plus existentialiste que normatif. Il accepte la société telle qu'elle est au lieu d'imposer son poids sur elle.

(…)

Le droit américain est depuis longtemps dominé par l'empirisme, par l'école sociologique qui ne reconnait au droit aucune permanence.

Le droit, affirme cette école, doit suivre les changements sociologiques qui ont lieu sans cesse dans la société, le droit codifié étant trop rigide pour remplir ses fonctions. Par conséquent, la common law , affirment les partisans de l'école sociologique, sert mieux les intérêts de la société que le droit codifié. La thèse selon laquelle le droit suit de très près la courbe de l'évolution sociologique, signifie, en fin de compte, que le système entier est en proie à l'instabilité. Il est facilement comparable à cette femme inconnue de Paul Verlaine « qui n'est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Le caprice de la casuistique animée par la sociologie est capable de dérouter de temps en temps même les meilleurs des principes.

Un autre aspect inquiétant du système juridique est son pragmatisme myope, qui n'est pas capable de raccorder les objectifs et les moyens. Entre le droit de porter des armes et la criminalité toujours croissante, il y a évidemment une corrélation directe. Or, aux États-Unis, la liberté des citoyens d'acheter, de porter et de garder des armes est une liberté assurée par la Constitution. C'est un vieux privilège garanti par l'Amendement II à la Constitution de 1787. À cette époque, un tel amendement pouvait avoir une justification, car les États-Unis n'avaient que 3 millions d'habitants qui vivaient souvent dans des fermes fort éloignées les unes des autres. L'organisation de l'administration municipale était embryonnaire. De nos jours, pour tout homme de bon sens, une telle disposition semble périmée. Chaque municipalité a son commissariat de police qui devrait remplacer la justice privée de jadis.

Néanmoins, la disposition a survécu jusqu'à présent, illustrant ainsi le manque de logique du système. Or, les pragmatistes se soucient peu de la consistance du droit. Un juge célèbre de la Cour Suprême, Oliver Wendell Holmes, n'a-t-il pas affirmé que « le droit ne suit pas la logique, mais l'expérience » (3).

Les troubles raciaux et la haute criminalité prouvent aux législateurs et aux hommes de loi qu'il est nécessaire de limiter le privilège du port d'armes si l'on veut sauvegarder l'ordre public. Or, l'Association Américaine des Tireurs est farouchement opposée à toute limitation, de même que les fabricants et marchands d'armes qui évoquent une longue tradition fondée sur une entière liberté. Les statistiques les plus récentes indiquent que la vente des armes n'a jamais été autant élevée que maintenant. Ceci signifie que la justice privée risque de l'emporter sur la justice publique, alors qu'il est évident que dans un pays bien organisé, ce genre de commerce devrait être strictement réglementé.

Le manque d'unité du système est dû également au pragmatisme de la bureaucratie. D'après le droit romain,  « jura novit curia » ; or, très souvent aux États-Unis, la main droite ne sait ce que fait la main gauche. Dans un gouvernement qui contient un grand nombre de services particuliers, toute synthèse des intérêts contradictoires devient fort difficile.

(…)

Une autre particularité du droit américain est son hostilité envers les concepts plus larges et les principes généraux. Le droit jurisprudentiel se consacre à une analyse microscopique des circonstances et à un formalisme qui échappe à la lumière des principes. La boutade du juge Jerome Frank (4), selon laquelle le juge n'applique pas le droit, mais le crée plutôt au fur et à mesure des nécessités soulevées par les différents cas, est devenue presque une thèse officielle de l'école sociologique.

Il est exact que chaque cas criminel et judiciaire est unique, mais pourtant par sa nature même, il tombe forcément dans une catégorie déterminée. Or, le juge ignore souvent ces catégories. D'après les circonstances, il se prête à changer non seulement la nature du crime, mais encore de statuer s'il est justiciable ou non. Les questions de procédure (the due process of law) jouent un rôle extrêmement important dans les procès criminels. Une erreur de procédure peut justifier la mise en liberté du coupable comme cela est arrivé dans quelques cas demeurés très célèbres : dans le cas de Mallory versus les Etats-Unis (1957), la Cour Suprême a renversé la condamnation pour viol de Mallory, âgé de 19 ans, simplement parce que la police, avant de le remettre au juge d'instruction le jour de son arrestation, l'avait interrogé, avait obtenu sa confession sans l'avoir averti qu'il avait le droit de garder le silence jusqu'à l'arrivée de son avocat.

Par ses décisions dans les cas Escobedo versus Illinois (1964) et Miranda versus Arizona (1966) la Cour Suprême a encore renforcé la position des suspects dans les procès en établissant qu'une consultation préalable avec son avocat est la condition de la légalité dans la procédure devant le juge d'instruction. Ces cas ont servi ensuite de précédents pour une série de décisions semblables par les tribunaux inférieurs.

L'accent mis sur les circonstances et la procédure a pour conséquence l'effacement de l'autorité du droit et l'élargissement de l'interprétation judiciaire. Il arrive parfois que cette liberté aille jusqu'au grotesque.

Ainsi, dans un cas où la femme avait demandé le divorce, le juge a refusé cette demande et a condamné le mari à embrasser la plaignante trois fois par jour. Ceci ressemble davantage à une peine infligée à un pénitent au confessionnal qu'à une sanction proprement juridique.

Par contre, si l'on compare le cas de l'assassin de Martin Luther King, James Earl Ray, qui a été condamné à 99 ans de prison, on se rend compte du manque de réalisme de la justice.

De même, le système juridique manque d'imagination ; il ne prévoit pas les situations qui peuvent aboutir à un crime : il est donc dépourvu de rôle préventif. S'appuyant dans leur raisonnement sur la méthode déductive, les gardiens de l'ordre se refusent à agir sur des hypothèses.

L'intervention de la police est déclenchée par des actes, non par des déclarations orales tout injurieuses qu'elles soient.

Lorsqu'il y a, au même endroit, des manifestations de groupes opposés, la police doit se tenir à l'écart jusqu'à ce qu'il y ait « un danger clair et présent ». À cause de cette règle, au moment où un tel danger devient manifeste, la situation est le plus souvent irréparable.

La police américaine s'emploie à démêler les conséquences d'un conflit, d'une bagarre, d'une attaque, d'un crime : par contre, elle ne s'interpose pas pour empêcher deux groupes hostiles ou deux personnes en conflit de s'affronter. L'intervention a lieu, une fois le fait accompli, non avant.

Pourquoi cette attitude ? Parce que l'une des prérogatives traditionnelles des citoyens américains est le droit à la dissension. Ce droit protégé par la Constitution avait été introduit dans la doctrine politique américaine à l'époque de la lutte pour l'indépendance. Les colons américains considéraient alors comme un droit la possibilité d'exprimer une opinion contraire à la politique du gouvernement anglais. Depuis ce temps-là ce droit s'est maintenu et de nos jours, il prend des formes inquiétantes.

(…)

On se demande si la violence en Amérique est une prime payée par ses citoyens pour leur liberté, un peu trop relâchée, ou si elle résulte du manque de traditions, coutumes et convictions communes à tous.

Alors que la common law a pu, sans grande difficulté, survivre en Angleterre, pays de traditions homogènes, en Amérique, marquée par le sectionnement à la fois racial, ethnique, religieux, linguistique des immigrations successives, c'est-à-dire par une société hautement diversifiée, elle n'a pas su apporter des solutions justes et égalitaires. Le fait est qu'aux États-Unis, dans les circonstances actuelles, la common law représente non seulement un système juridique différent, mais un système qui n'a pas été capable de se séparer de ses attaches médiévales, en un mot de se moderniser. Il est resté démodé à tel point que l'ancien doyen de la faculté de droit de l'Université Harvard, Erwin N. Griswold n'a pas hésité à le qualifier d'absurde (5).

À beaucoup d'égards, le droit américain en est à l'ère des encyclopédies, des dictionnaires juridiques, des décisions des tribunaux dont les volumes couvrent les étages entiers des bibliothèques. Il constitue un labyrinthe offrant aux avocats et aux parties d'innombrables occasions de jouer à cache-cache dans ses méandres. Ce dont le système juridique a le plus besoin, c'est d'une refonte, d'une révision, sinon d'une unification. Son caractère flou prive la vie sociale d'une base de stabilité. (…)


Notes

(1) Timoty Leary, Docteur en Philosophie, ancien professeur au Centre de Recherches Psychologiques de l'Université Harvard, apôtre d'une religion qui vénère « les énergies sacrées des drogues hallucinatoires », condamné à 30 ans de prison et $ 30 000 d'amende pour l'importation illicite de drogues.
(2) « The Claim of Conscience », The New York Times du 2 avril 1969.
(3) Oliver Wendell Holmes, The Common Law, Little, Brown and Co., Boston, 1923, p. 1. (4) Jerome Frank, Law and the the Modem Mind, Anchor Books, Garden City, New York, 1963, pp. 36-45.
(5) Erwin N. Griswold, Law and Lawyers in the United States, p. 79. 

Référence

Prof. Joseph A. MIKUS, « La crise du civisme et du droit aux États-Unis », in Les Études sociales, nouvelle série, n°82-82, année 1969, n°3-4, juillet-décembre 1969, p. 2.

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