mardi 10 janvier 2017

L'autel, le tabernacle et les lumières dans l'églises, selon M. de Corny, 1858


L'autel principal doit être élevé de trois marches, y compris le marche-pied.

Les rubricistes indiquent ce nombre de marches, et, effectivement, s'il y en avait plus ou moins de trois, le diacre et le sous-diacre ne pourraient pas se placer de la façon que réclament les règles tracées a chacun d'eux. Allégoriquement, on peut le rattacher à ces trois vertus principales qui servent à l'homme de degrés pour l'élever à Dieu. Il faut noter ici que nous nommons marche-pied la marche d'en haut, celle que le cérémonial appelle suppedaneum, et que quelques auteurs désignent par le nom de pallier.

On appelle vulgairement en France autels à la romaine les autels placés en avant du chœur et orientés dans le sens de l'église, de telle sorte que le clergé se trouve derrière l'autel : tel est, par exemple, l'autel de l'église de Saint-Sulpice à Paris. Cette dénomination est erronée. Les autels construits d'après l'ancienne tradition romaine, tels que ceux des grandes basiliques de Rome, sont placés, il est vrai, au bas du chœur, mais ils sont orientés dans un sens opposé à l'église, de telle sorte que le prêtre, en disant la messe, regarde le peuple et la grande porte de l'église. « Si altare sit ad orientem versus populum (dit la rubrique), celebrans versa facie ad populum, non vertit humeros ad altare cum dicturus est ''Dominus vobiscum ; orate, fratres ; ite, missa est'', vel daturus benedictionem : sed osculato altari in medio, ibi, expansis et junctis manibus ut supra, salutat populum et dat benedictionem [si l'autel est [tourné] vers l'orient, en direction du peuple, le célébrant, le visage tourné vers le peuple, ne tourne pas les épaules vers l'autel lorsqu'il a dit ''Le Seigneur est avec vous ; priez, frères ; allez, c'est l'envoi'', ou lorsqu'il a donné la bénédiction : mais alors qu'il a baisé l'autel au milieu, là, ayant étendu et joint les mains comme ci-dessus, il salue le peuple et donne la bénédiction]. » Le peuplé est alors derrière l'autel, et c'est devant le clergé que se célèbrent les mystères : dans une cathédrale, le siège de l'évêque serait alors sous l'abside en face de l'autel. Tel est le véritable autel a la romaine. Les autels derrière lesquels se trouve le clergé ont été introduits par les religieux qui, en assistant à l'office, ne voulaient pas être vus du peuple, et qui, comme les Dominicains, dérobaient même totalement au peuple la vue du chœur par des rideaux tirés aux côtés de l'autel. Il ne convient pas de suivre ce modèle dans les églises du clergé séculier, et surtout dans les cathédrales ; car l'esprit de la rubrique est que les cérémonies du sacrifice s'accomplissent devant le clergé, et pour les cathédrales, le cérémonial rend cela absolument nécessaire. Il y a des églises où l'on a accolé au bas du chœur deux autels : l'un regardant l'orient, l'autre tourné vers l'occident. Nous ne croyons pas cette combinaison fondée sur la tradition. Toujours est-il qu'il faudrait, dans ce cas-la, chanter la grand'messe à l'autel du côté duquel se trouve le clergé.

Comme tout autel, il doit être recouvert de trois nappes. La nappe de dessus ne doit pas seulement recouvrir la table de l'autel ; par les deux extrémités, elle doit tomber jusqu'à terre.

À la partie antérieure de l'autel, on adapte une tenture ou parement, que la rubrique nomme pallium, dont la couleur doit être, autant que possible, en rapport avec l'office, et dont la forme est assez semblable à celle des parements noirs qui étaient demeurés usités en France pour les offices funèbres. Toutefois, ce parement ne doit pas être garni d'une corniche de bois faisant saillie ; le cadre qui le soutient doit être placé sous l'étoffe.

(…) Le cérémonial des évêques, livre 1, chapitre 12, n°11, veut que les nappes totem altaris planitiem et latera contegant [couvrent toute la surface et les côtés de l'autel]. Elles sont, en effet, destinées, d'après les expressions usitées dans leur bénédiction, ad tegendum involvendumque altare [à couvrir et envelopper l'autel]. C'est le parement de couleur qui, cachant l'autel par-devant, achève de l'envelopper et complète la signification mystérieuse des nappes. Spirituellement, l'autel ainsi voilé, c'est Jésus-Christ invisible maintenant au monde et manifesté seulement en la personne de ses membres (...).

Sur l'autel doit être comme objet principal une croix avec des chandeliers de chaque côté. Une croix petite et peu apparente ne pourrait suffire. Cependant, s'il existait au-dessus de l'autel un grand crucifix, peint ou sculpté, il ne serait pas nécessaire de placer une autre croix entre les chandeliers.

(…) bien que la rubrique demande simplement une croix et que la Congrégtion des Rites eût décidé qu'une croix nue pouvait suffire, Benoît XIV enseigne qu'il faut s'en tenir à l'usage commun, et si bien justifié, qui veut sur la croix l'image du crucifix.

Quant au nombre des chandeliers, six est celui qui convient pour les messes solennelles.

Il ne parait pas convenable de le dépasser. Quand l'évêque officie, d'après une tradition qui a sa source dans l'Apocalypse et dans le mystère des nombres, on ajoute un septième chandelier ; mais que signifierait ce cierge supplémentaire, s'il se trouvait onzième ou treizième ? Il ne doit donc y avoir sur l'autel des cathédrales que six cierges. Il n'y en a pas d'avantage sur l'autel papal : on jugera par là de ce qui convient aux autres églises. (...)

Le cérémonial recommande une disposition dans laquelle les chandeliers différeraient de hauteur. Les moins élevés seraient aux coins de l'autel, les plus élevés seraient les plus rapprochés du crucifix, et le crucifix lui-même, ayant une base ou un piédestal arrivant à la hauteur des deux chandeliers voisins, devrait les dominer de la grandeur de la croix.

(…)

Au-dessus de l'autel, on place un dais ou baldaquin. Le cérémonial le prescrit formellement pour les cathédrales, et les décrets de la Congrégation des Rites approuvent qu'on le fasse aussi pour les autres autels et les autres églises. Cela doit surtout s'observer pour l'autel où réside le Saint-Sacrement.

Le Saint-Sacrement ne peut être déposé dans une église qu'à un seul autel choisi de façon à faciliter le culte de ce sacrement adorable, mais de façon aussi à ce que les cérémonies n'en soient pas gênées.

Les grands offices, en effet, ne doivent pas avoir lieu là où est la réserve du Saint-Sacrement, car la multiplicité des génuflexions qui seraient alors nécessaires et la prohibition de tourner directement le dos à l'autel apporteraient beaucoup d'embarras dans la cérémonie.

Voilà pourquoi, dans les cathédrales, on doit choisir, pour cette réserve, un autel différent du maître-autel, et dans les églises paroissiales où c'est ordinairement au maître-autel que le Saint-Sacrement réside, il faut l'en retirer pour un office pontifical ou pour toute autre grande cérémonie.

(…) Autrefois, en France , il y avait, dans les grandes églises, une chapelle pour le Saint-Sacrement qu'on appelait chapelle de la communion.

Le tabernacle, qui sera en bois doré ou en marbre et fermera à clef, doit être, à l'intérieur, revêtu de soie blanche ; le ciboire où sont les saintes hosties doit être aussi revêtu d'un voile blanc.

À l'extérieur, le tabernacle, quand il renferme les saintes espèces, se recouvre d'un conopée ou tenture de soie, qu'il est à propos de mettre, comme le parement de l'autel, en rapport avec la couleur de l'office.

Ce mot de conopée désigne une sorte de rideau ou courtine de soie abritant un lieu digne d'un respect particulier. (…) Le rituel prescrit d'en mettre un sur le tabernacle où est le Saint-Sacrement. (…) et c‘est là-même le signe qui avertit de la présence du Saint-Sacrement ; car les lampes peuvent s'allumer en l'honneur d'un saint et devant un autel ordinaire, tandis que le conopée ne s'applique jamais à un tabernacle vide. Toutefois, le rituel n'en marque pas la couleur, et Barufaldi a cru qu'il fallait lui donner la couleur blanche, ainsi qu'au voile qui recouvre le ciboire. Mais les rubricistes, après Gavantus, décident qu'il faut lui donner la couleur du jour, tout comme au parement antérieur, parce qu'il appartient a l'ornement de l'autel ; et cette opinion est si généralement reçue, et elle est suivie si constamment dans les grandes églises, qu'il faut s'y conformer, (...). Quand l'autel sera paré de noir, on mettra un conopée violet au tabernacle, auquel il ne convient pas d'adapter de signes de mort. (Gavantus et auctores.) Quant à la forme du conopée, on pourra la varier un peu selon la forme du tabernacle auquel on l'adapte.

Il est très convenable de peindre ou de sculpter sur la porte du tabernacle une image ou emblème du Sauveur, et cette porte ne peut être masquée par un vase de fleurs ou chose semblable. On ne doit rien renfermer dans le tabernacle que la réserve du Saint-Sacrement, et on ne doit placer dessus ni fleurs, ni statues de saints, ni reliques, mais le seul crucifix.

Devant chaque autel, et surtout devant les autels principaux, il serait convenable de disposer des lampes ; mais il est absolument prescrit d'en suspendre au moins une qui brûle jour et nuit devant le tabernacle du Saint-Sacrement.

Sur l'autel, on ne doit rien déposer que ce qui est prescrit par les rubriques. Il ne faut y placer ni le rituel, ni les lunettes, si ce n'est pour un instant, ni encore moins le mouchoir ou la barrette du prêtre. Il ne faut pas non plus attacher le manuterge à la nappe. (...)

Hors le temps de la messe, l'autel doit être recouvert d'un tapis ou voile en étoffe propre et convenable, et l'on ne doit pas y laisser les tableaux où sont inscrites quelques oraisons de la messe et qu'en France, on nomme vulgairement canons.

Le mode d'orner un autel le plus conforme au cérémonial, c'est de placer entre les chandeliers des reliquaires ou des statues de saints ; mais le cérémonial admet aussi qu'on le décore avec des fleurs.

Si l'on place des statues ou des reliques de saints sur l'autel, il faut mettre celles des saints dont la dignité est le plus élevée le plus près du crucifix, et considérer comme place d'honneur le côté de l'évangile, c'est-à-dire la droite du crucifix, par rapport au côté de l'épître, qui est la gauche du crucifix. On peut remarquer ici que le côté gauche de l'autel est celui de l'épître, et le côté droit celui de l'évangile. (…)

Au bas des marches du maître-autel qui descendent du côté de l'épître, il faut placer une crédence, c'est-à-dire une table plus longue que large, et qui doit être tournée non pas dans le même sens que l'autel, mais de manière à faire équerre avec lui. 1, 20 mètre de longueur sur 60 cm de largeur, est la mesure qu'on peut ordinairement lui donner.

On la recouvre, pour la messe haute, d'une nappe qui l'enveloppe entièrement et qui tombe de tous côtés jusqu'à terre.

Pour les messes basses, où cette crédence n'est pas nécessaire, il suffit d'avoir le lieu convenable pour y déposer la clochette, les burettes et le manuterge.

Du côté de l'épître encore, près des marches de l'autel, mais ordinairement un peu en avant d'elles, on établit le siège du célébrant : ce siège ne doit pas être un fauteuil, mais bien un banc qui peut avoir un dossier, et qu'on recouvre, surtout aux jours de fête, d'une étoffe verte ou d'une tapisserie. Il doit être assez long pour que trois personnes s'y puissent asseoir aux messes solennelles.

On couvre le pavé du chœur de tapis verts et les marches de l'autel d'un tapis plus riche.

À quelque distance en avant, selon la commodité des lieux, doivent se trouver les places du clergé, stalles ou bancs. (…)

Nous avons déjà dit que, dans les grand'messes, il était convenable d'allumer six cierges sur l'autel. Quatre cependant peuvent suffire.

Aux messes basses, on n'en doit allumer que deux, quelle que soit la dignité du célébrant, fût-il abbé, chanoine, dignitaire, ou vicaire-général. 

Toutefois, à la messe paroissiale ou de communauté aux jours de grande fête, ou si, dans une véritable solennité, on ne pouvait chanter la messe, à la messe basse qui serait célébrée au lieu de messe haute, on pourrait allumer plusieurs cierges.

En présence du Saint-Sacrement exposé, il doit y avoir toujours un assez grand nombre de cierges sans cesse allumés. L'instruction de Clément XI, en vigueur à Rome et en beaucoup de lieux, en porte le minimum à vingt. Ailleurs, on en demande au moins douze. 

On n'est pas tenu à exposer le Saint-Sacrement, mais on est tenu à ne l'exposer qu'avec un éclat convenable.

Nous avons parlé du cierge de l'élévation qu'on allume aux messes basses, depuis l'élévation jusqu'après la communion.

À l'élévation des grand'messes, ou des messes basses célébrées pour tenir lieu de messe solennelle, aux saluts et aux processions du Saint-Sacrement, des céroféraires portent et soutiennent des torches.

Aux offices funèbres, on allume des cierges autour du catafalque ou du corps du défunt, et on en distribue au clergé et quelquefois aux assistants.

Tous ces cierges, ceux qu'on bénit à la Chandeleur, ou qu'on brûle devant les images et les reliques des saints, et en général tous ceux qu'on allume comme acte de culte et pour suivre la tradition de l’Église, doivent être de cire.

La cire est un des symboles les plus expressifs fournis par la nature à l’Église pour exprimer allégoriquement l'humanité sainte de Jésus-Christ. Les plus anciens docteurs s'étendent sur la virginité des abeilles et sur la pureté de cette substance tirée du suc le plus exquis des fleurs, et ils rapprochent ces circonstances de la conception du Sauveur dans le chaste sein de Marie. La blancheur de la cire, laborieusement obtenue, signifie encore la gloire de Jésus-Christ, résultat de ses souffrances ; enfin, la flamme s'élançant du sein de cette colonne de cire qu'elle consume, c'est la divinité de Jésus-Christ se manifestant à travers ses œuvres et par le sacrifice même de son humanité, et illuminant le monde. Il ne peut être permis de troubler tous ces augustes symboles auxquels une place si importante appartient dans notre culte, et de composer les cierges avec la graisse, qui a toujours exprimé la vie de la chair et les instincts terrestres. (…)

Les cierges doivent être allumés avant et éteints après les offices par les acolytes, ou par le servant avant et après la messe basse.

On les allume ou on les éteint en commençant par le côté de l'évangile et par ceux qui seraient plus voisins de la croix.

Il faut, du reste, prendre le feu qui servira à allumer les cierges à quelque lampe dont la flamme serve déjà à l'exercice du culte.

On sait avec quelle rigueur il était défendu dans l'ancienne loi d'employer un feu profane pour l'usage de l'autel. Les raisons allégoriques de cette règle étaient trop saillantes pour que l’Église n'ait pas, elle aussi, attaché de l'importance à l'origine du feu servant à son culte. Le Samedi-saint encore, nous tirons avec cérémonie le feu d'une pierre, image de Jésus-Christ, et nous le bénissons solennellement. (...)

Outre les cierges, on allume dans l'église des lampes, lesquelles doivent brûler continuellement, même lorsqu'il y a des cierges allumés ; les lampes, en effet, sont un autre genre de luminaire qui se cumule avec les cierges.

Outre la lampe, ou les lampes en nombre impair qui brûlent devant le Saint-Sacrement, le cérémonial indique qu'il doit y en avoir une allumée devant le maître-autel, quand le Saint-Sacrement n'y réside pas, et engage à en allumer aussi devant les autres autels ou devant les images ou reliques des saints.

Référence

M. de Corny, Cérémonial romain rédigé d'après les sources authentiques, 3e édition revue et corrigée, Maison Méquignon Junior, Jouby, successeur, Paris ; Comoy et Gilliet, imprimeurs, Moulins, 1858, p. 1-13 et 30-34

lundi 9 janvier 2017

L'usage de quelques vêtements liturgiques, selon M. de Corny, 1858



La chasuble sert exclusivement à la célébration de la messe, sauf les exceptions qui concernent les chapitres et les cathédrales. On ne peut pas la prendre pour les saluts ni pour porter le Saint-Sacrement, car la chape est alors positivement prescrite.

(...)

L'étole s'emploie pour l'administration des sacrements, pour les bénédictions, pour les funérailles et pour la célébration de la messe. Le prêtre s'en revêt aussi pour recevoir la Sainte-Communion.

On peut, si c'est l'usage, s'en servir en prêchant ; mais on ne peut l'employer pour chanter les vêpres ou un office, quelque solennel qu'il soit, ni lorsqu'il s'agit simplement de présider à une cérémonie, ni comme signe de la charge curiale ou marque de juridiction.

(…) Dans beaucoup de diocèses de France, un usage de ce genre autorise à se servir de l'étole pour les prédications de la messe, désignées sous le nom de prône.

Les décrets les plus formels de la Congrégation des Rites , sanctionnés tout spécialement par l'autorité pontificale, tracent ces règles, en prescrivant aux Ordinaires d'éliminer toute coutume opposée, qui ne doit être regardée que comme un abus.

L'étole, en effet, dans l'économie de la liturgie, est un insigne d'ordre, qu'on revêt dans les actes où le caractère sacré est requis, et elle n'est pas insigne de juridiction, d'office ou d'autorité. Toutes les fois qu'on l'emploie avec l'aube, elle doit être croisée sur la poitrine. 
 
(…)

La chape est destinée à rehausser l'éclat de certaines cérémonies autres que la messe. On doit l'employer pour les processions et bénédictions du Saint-Sacrement, pour les processions solennelles, pour les vêpres chantées solennellement. Dans ce dernier cas, quelques-uns des prêtres ou clercs qui assistent le célébrant s'en revêtent également.

En général, toutes les fois que le célébrant est revêtu de la chape, il doit avoir à ses côtés des assistants qui en soulèvent les bords quand il marche ou quand il agit des deux bras, ou au moins le bord de droite quand il agit du bras droit.

(…)

L'habit de chœur, dont tous les clercs doivent user à l'église, est le surplis à larges manches, par-dessus une soutane touchant les talons par derrière et non pas relevée, et la barrette.

Le rochet, qui se distingue du surplis par ses manches étroites, est le vêtement des évêques et des prélats, et les chanoines n'en usent que par privilège et concession du Saint-Siège.

Les chanoines, du reste, ne doivent porter l'habit de chœur qui leur est propre que dans la cathédrale on collégiale dont ils sont chanoines, ou bien quand ils accompagnent et assistent l'évêque, et aux autres occasions où ils agiraient capitulairement. 

Hors ces cas, ils doivent porter l'habit de chœur commun à tous les clercs.

Les insignes canoniaux ont été établis par l’Église pour relever les fonctions canoniales, et non pas pour décorer les personnes des chanoines. Tout ainsi que le prêtre se revêt de la chasuble et des autres ornements sacerdotaux pour célébrer le saint sacrifice, le chanoine, pour faire dans la cathédrale cet office public, qui est la prière solennelle de l'Église, prend la mosette ou la cappa ; mais ces actes achevés, le prêtre ne conserve point sa chasuble pour des fonctions différentes ou pour ses actions personnelles, et le membre du chapitre n'a point à prendre les insignes du canonicat pour aller prêcher, faire le curé, le catéchiste, etc. Ces principes sont fort clairs, et il n'est pas étonnant que la Congrégation des Rites ait constamment répondu en ce sens aux consultations qui lui étaient proposées. (...)

Il ne doit y avoir qu'un seul habit de chœur dans une église, et les chantres et les enfants doivent eux aussi porter le surplis et non pas l'aube ni le surplis sans manches. L'usage de la calotte, qui n'est permis aux clercs et aux prêtres qu'avec des restrictions, ne peut convenir à ces enfants ; à plus forte raison, ne peut-on, par un étrange abus, leur donner la calotte et la barrette rouge, qui constituent un insigne dans l’Église. Ils ne peuvent se couvrir la tête que d'une barrette noire. Pour la couleur de la soutane, on peut conserver l'usage des églises. À Rome même, on admet pour les élèves des séminaires, ces diverses couleurs de vêtements, permises autrefois à tous les clercs.

Aux yeux de l’Église, on fait partie ou du clergé ou du peuple. Elle tolère, il est vrai, pour suppléer au petit nombre des clercs, que plusieurs laïcs soient introduits parmi eux, et fassent quelques-unes de leurs fonctions en portant leur habit ; mais, à ce moment, elle les accepte comme s'ils appartenaient réellement au clergé et non pas comme faisant un ordre intermédiaire : on ne peut donc pas leur constituer un costume spécial. Dans les pays du nord, où souvent on usait de fourrures, le vêtement de chœur qu'on mettait par-dessus, prit le nom de superpelliceum (super pelliceas vestes) ou surpelis et ensuite surplis. En Italie, on l'appelait cotta. Ces deux dénominations ont été conservées dans la langue liturgique, la première ayant prévalu dans le missel et le rituel, la seconde dans le cérémonial des évêques. La forme s'en est aussi un peu diversifiée selon les pays. En Italie, il est très court et fort plissé, soit pour le corps, soit pour les manches. Mais partout où l'on pratique la liturgie avec intelligence et fidélité, on n'a jamais songé à le décomposer en surplis solennel et surplis vulgaire, surplis des clercs et surplis des laïcs.

Quant à la barrette, elle doit être complètement noire, ainsi que la calotte. Lorsqu'on porte, comme à Rome, la barrette à trois cornes, l'angle dépourvu de corne se place au-dessus de l'oreille gauche. La barrette complète le costume ecclésiastique de chœur ; et lors même qu'on ne doit point avoir l'occasion de la mettre sur sa tête, par exemple à cause de l'exposition du Saint-Sacrement, on doit la porter à la main.

(…) En Italie, la barrette à quatre cornes est propre aux docteurs ; mais ils ne la portent que dans les actes académiques, et un prêtre docteur ne peut s'en servir à l'église (S. R. C. in Venusina, 7 decemb. 1844).


Référence

M. de Corny, Cérémonial romain rédigé d'après les sources authentiques, 3e édition revue et corrigée, Maison Méquignon Junior, Jouby, successeur, Paris ; Comoy et Gilliet, imprimeurs, Moulins, 1858, p. 18-30