dimanche 22 octobre 2017

Le Missel de Paul VI n'est pas responsable des aberrations et de l'anarchie liturgiques, selon Dom G. Oury, 1975

Le Pape François célèbre la messe de Paul VI ad orientem



[O]n fait grief au Missel de Paul VI des aberrations liturgiques que l'on constate aujourd'hui en maintes paroisses, accompagnées souvent d'aberrations doctrinales.

En fait, cet état de choses est bien antérieur à la publication de l'Ordo Missæ, même si, depuis, l'anarchie a fait tâche d'huile ; c'est dans la mesure où l'on s'écarte indûment des normes définies par cet Ordo que les aberrations se produisent ; il est d'expérience que les prêtres qui font preuve d'une créativité intempestive considèrent assez volontiers les lois liturgiques comme inexistantes et certaines points essentiels du Credo comme les croyances agonisantes d'un âge révolu.

L'Église a maintes fois affirmé qu'elle entendait conserver la pleine initiative des formules destinées à porter la prière publique du peuple chrétien ; on ne peut mettre au compte de la liturgie de Paul VI ce que lui-même a positivement désavoué ; il n'est que se reporter à la IIIe Instruction sur l'application correcte de la Constitution conciliaire de liturgie (1), publiée par la Congrégation pour le culte divin :

[On aura garde d'oublier ensuite que la reconstitution personnelle des rites sacrés blesse la dignité des fidèles et ouvre la voie aux formes individuelles et privées dans la célébration des actions liturgiques, qui relève directement de toute l'Église.

Puisque le ministère du prêtre est celui de toute l'Église, il ne peut être exercé que dans l'obéissance et la communion à la hiérarchie, et dans le zèle au service de Dieu et des frères. Il est clair que ce caractère hiérarchique de la Liturgie, sa valeur sacramentelle et le respect dû à la communauté des fidèles, exigent que le prêtre remplisse sa fonction cultuelle comme un serviteur fidèle, un « intendant des mystères de Dieu » (2), n'introduisant aucun rite qui ne soit établi et approuvé dans les livres liturgiques.]

(…) Les textes liturgiques composés par l’Église doivent [eux aussi] être traités avec le plus grand respect ; il n’est permis à personne d’y apporter de son propre chef quelque changement, substitution, suppression ou addition (3).

« Certaines Prières eucharistiques composées à titre de schémas de discussion entre les experts, ajoutait le commentaire officieux de l’Instruction, ont été abusivement mises en service dans les actions liturgiques. D’autres manquent parfois tellement de précision et de contenu doctrinal qu’on peut douter de la validité des célébrations eucharistiques où l’on en fait usage (6). »

Les documents romains ne cessent de rappeler que la réglementation des actions liturgiques ne regarde pas les personnes privées – pas plus les prêtres que les autres – ; c’est une prérogative de l’Église comme telle dont le célébrant est le ministre et le serviteur ; le prêtre est au service de la liturgie et des membres de l’Église.

Le pape a sans doute été profondément déçu de constater que la promulgation des livres liturgiques rénovés n’avait pas suffi à faire cesser, dans l’Église, les initiatives anarchiques de réforme ; en aucun cas, cependant, celles-ci ne doivent être considérées comme la conséquence normale du nouvel Ordo Missæ :

[Cette] réforme, disait Paul VI, met fin aux incertitudes, aux discussions, aux initiatives arbitraires et abusives. De nouveau, elle requiert de nous cette uniformité de rites et de sentiments qui est propre à l’Église catholique, héritière et continuatrice de la première communauté chrétienne, [laquelle ne faisait « qu'un cœur et qu'une âme » (Actes, 4, 32).] L'unanimité de la prière dans l’Église est l'un des signes et l'une des forces de son unité et de sa catholicité. [Le prochain changement ne doit ni rompre ni troubler cette unanimité. Il doit, au contraire, la confirmer, l'affirmer avec un esprit nouveau et jeune (5).]

La réforme, avait-il affirmé peu auparavant, présente des dangers, en particulier celui de l’arbitraire et donc de la désagrégation de l’unité spirituelle de la société ecclésiale, de la qualité de la prière et de la dignité de la liturgie. Les multiples changements introduits dans la prière traditionnelle et commune ont pu donner prétexte à cet arbitraire. Il serait cependant très regrettable que la sollicitude dont a fait preuve l’Église conduise à penser qu’il n’y a plus de règles communes, fixe et obligatoire dans la prière de l’Église et que chacun peut prétendre l’organiser ou la désorganiser à sa guise. Dans ce cas on ne devrait plus parler de pluralisme dans le domaine de ce qui est permis, mais de divergences, parfois non seulement liturgiques mais substantielles. Ce désordre que malheureusement on doit constater çà et là porte un préjudice grave à l’Église : il fait obstacle à la réforme disciplinées et qualifiée que celle-ci autorise (6).

Il est tout à fait injuste d’attribuer au nouvel Ordo Missæ les effets désastreux pour la foi que l’on ne peut que constater chez ceux qui en font bon marché et s’en affranchissent avec une légèreté qui n’a d’égale que leur inconscience. Si tous consentaient à revenir à la véritable liturgie de l’Église romaine, leur foi retrouverait son expression normale, son soutien, sa garantie.

Pour finir, on ne l’en voudra pas de risquer une hypothèse. Dans un article véhément et spirituel paru dans le Figaro du 24 janvier 1975, le Père Bruckberger s’indignait :

Alors que les initiatives liturgiques les plus anarchiques, les plus profanes, pour ne pas dire les plus profanatrices, se multiplient un peu partout dans nos églises et jusque dans nos vénérables cathédrales avec l’assentiment et parfois la participation de certains évêques, il se trouve qu’aux yeux des évêques français un seul rit, une seule liturgie, une seule manière de dire la Messe se trouvent formellement interdits et pratiquement excommuniés, c’est la Messe traditionnelle dite de saint Pie V (7).

Pourquoi cela ? Pourquoi n’a-t-on pas admis la coexistence de deux rits dans l’Église et cette forme particulière de pluralisme qui en vaut bien un autre ?

La réponse n’est pas difficile à trouve : si les requêtes en faveur de la Messe de saint Pie V n’avaient pas, dès l’origine, revêtu la forme d’une condamnation doctrinale sans appel du nouvel Ordo Missæ, la situation aurait été tout autre, le climat de la discussion transformé.

Dès lors que les demandes – pour ne pas dire les mises en demeure – étaient liées de par la volonté de leurs auteurs à une mise en question de l’orthodoxie de la liturgie rénovée de l’Église romaine, rien ne pouvait aboutir ; les tenants de la Messe de saint Pie V se sont placés dans une position intenable ; ils ont, en quelque sorte, scié la branche sur laquelle ils prenaient appui.

S’il refusent l’Ordo Missæ, affirment-ils, ce n’est pas « pour des motifs de convenances ou de préférences personnelles, mais pour des motifs de foi (8) ». Autrement dit, ils réclament la Messe de saint Pie V en récusant le magistère de l’Église tel qu’il s’exprime aujourd’hui par l’organe de Paul VI. Comment dans ces conditions faire droit à leur requête ? (9)


Notes
 
(1) En date du 5 septembre 1970.
(2) Cf. 1 Corinthiens 4, 1.
(3) Cf. Concile Vatican II, Constitution sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium, n. 22, 3 : «  Quapropter nemo omnino alius, etiamsi sit sacerdos, quidquam proprio marte in Liturgia addat, demat, aut mutet (C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie). » Cf. Acta Apostolicæ Sedis 56 , 1964, p. 106.
(4) Sacrée Congrégation pour le Culte divin, Notitiæ, tome VIII, Cité du Vatican, 1971, p. 17.
(5) Acta Apostolicæ Sedis 61, 1969, p. 778-779 ; Documentation catholique, n°66, 1969, p. 1056.
(6) Documentation catholique, n°66, 1969, p. 804.
(7) P. Bruckberger, « Ite missa est », in Le Figaro, Événements et idées, 24 janvier 1975.
(8) Georges Vinson, La nouvelle Messe et la conscience catholique, 1971, p. 4.
(9) Jusqu’en 1984, la célébration de la messe, selon les livres liturgiques promulgués le 23 juin 1962 durant le pontificat de S. Jean XXIII, sans avoir été formellement interdite, ne sera plus permise. Le 3 octobre 1984, la lettre circulaire Quattuor abhinc annos de la Congrégation pour le culte divin autorisera chaque évêque diocésain à permettre aux prêtres et aux fidèles qui lui en feront demande de célébrer la messe en utilisant l'édition 1962 du Missel romain. Elle stipulera notamment que les célébrations devront avoir lieu « dans les églises et les chapelles que l’évêque du diocèse indiquera (et pas dans les églises paroissiales, à moins que l’évêque ne le permette pour des cas extraordinaires) ». Quatre ans plus tard, le 2 juillet 1988, après l’ordination par Mgr Marcel Lefebvre de quatre évêques, Jean Paul II établira la commission Ecclesia Dei, par le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta, afin de « faciliter la communion ecclésiale » à « tous les fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine », « grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations ». Toutefois, la célébration de la messe de S. Jean XXIII sera toujours soumise à l’autorisation de l’ordinaire du lieu, donc de l’évêque. Enfin, le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI publiera le Motu Proprio Summorum Pontificum, libéralisant la célébration de la messe de S. Jean XXIII, envisagée alors comme « une forme extraordinaire de l’unique rite romain ». Ce Motu proprio qui concerne également les sacrements du baptême, du mariage, de la confirmation et de l’onction des malades, ainsi que la célébration des funérailles, met fin à l’exigence de requérir une dispense de l’évêque diocésain en vue de pouvoir célébrer la messe selon le rite de 1962. Tout groupe stable de fidèles peut ainsi s’adresser directement au curé de paroisse. Dautre part, tout prêtre de rite latin peut célébrer la messe « en l'absence de peuple » et réciter l’Office divin selon les livres liturgiques de 1962, sans qu'aucun indult ne soit plus nécessaire.

Référence

Dom Guy Ory (moine de Solesmes), La Messe de S. Pie V à Paul VI, Solesmes, 1975, p. 46-49.
 
Les notes ont été refondues par rapport au texte original. D'autres part, certaines citations ont été complétées (texte ajouté entre crochets).

jeudi 10 août 2017

L'auto-critique et l'auto-démolition dans l'Église, après le second Concile du Vatican, selon le Bienheureux Paul VI, 1968




Discours aux membres du Séminaire pontifical lombard
Samedi, 7 décembre 1968 


Le Bienheureux Paul VI - Portrait officiel



Version française (par l'auteur de ce blogue)


(…) En ce qui concerne la seconde considération, l’Auguste Pontife répète la question : « Que voyez-vous dans le Pape ? ». Et de répondre : Signum contradictionis : un signe de contestation.

L'Église traverse aujourd'hui une période d’inquiétude. Certains s’exercent à l'auto-critique, on dirait même même à l'auto-démolition.

C’est comme un bouleversement intérieur aigu et complexe, auquel personne ne se serait attendu à l'issue du Concile.

On pensait à une floraison, à un développement serein des concepts mûris au cours de la grande assemblée conciliaire.

Il y a aussi cet aspect dans l’Église : la floraison.

Mais puisque ‘’bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu’’ [en substance : « pour qu’une chose soit bonne, elle ne doit avoir aucun défaut ; il suffit d’un défaut pour qu’elle commence à être mauvaise »], on en vient à considérer surtout l'aspect le plus douloureux.

L’Église est également attaquée par ceux-là même qui en font partie : je vous laisse alors lire le fond de Notre âme et entrevoir les deux sentiments qui agitent le cœur, en face de cette tourmente qui touche l’Église et qui, comme c’est logique, se répercute principalement sur le Pape.  

Un sentiment de joie, celui d'être digne de souffrir pour le nom de Jésus. Les épreuves sont difficiles et parfois dures. Mais la réalité de notre sacerdoce nous fait bénir le Seigneur pour ces épreuves. Le chrétien connaît la joie qui jaillit de l'épreuve. Il a la certitude d'être avec le Seigneur, de marcher sur son chemin, de vérifier en soi la réalisation de Ses annonces et de Ses promesses, bien que ce soit difficile pour notre nature humaine. C’est un sentiment de grande confiance et et de grande foi.

De nombreuses personnes attendent du Pape des gestes éclatants, des interventions énergiques et décisives. Le Pape considère ne devoir suivre aucune autre ligne que celle de la confiance en Jésus-Christ, qui a son Église plus à cœur que quiconque. 

Ce sera Lui qui calmera la tempête. Combien de fois le Maître a répété : ‘’Confidite in Deum. Creditis in Deum, et in Me credite ! " [« Ayez confiance en Dieu. Croyez en Dieu et croyez en Moi ! »]. Le Pape sera le premier à suivre ce commandement du Seigneur et à s’abandonner, sans angoisse ou crainte inopportunes, au jeu mystérieux de l’assistance invisible mais très certaine de Jésus à son Église.

Il ne s’agit pas d’une attente stérile : mais d’une attente vigilante dans la prière. C’est la condition que Jésus a choisie pour nous, afin qu’Il puisse opérer en plénitude. Même le Pape a besoin d'être aidés par la prière. (...)


Version italienne originale

 
(…) Passando alla seconda considerazione, l’Augusto Pontefice ripete la domanda: «Che cosa vedete nel Papa ? ». E risponde : Signum contradictionis : un segno di contestazione.


La Chiesa attraversa, oggi, un momento di inquietudine. Taluni si esercitano nell’autocritica, si direbbe perfino nell’autodemolizione.


È come un rivolgimento interiore acuto e complesso, che nessuno si sarebbe atteso dopo il Concilio.


Si pensava a una fioritura, a un’espansione serena dei concetti maturati nella grande assise conciliare.


C’è anche questo aspetto nella Chiesa, c’è la fioritura.


Ma poiché ‘’bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu’’, si viene a notare maggiormente l’aspetto doloroso.


La Chiesa viene colpita pure da chi ne fa parte: allora vi lasceremo leggere fino in fondo al Nostro animo e intravedere i due sentimenti che ci stanno nel cuore, davanti a questo tumulto che tocca la Chiesa e, com’è logico, si ripercuote soprattutto sul Papa. 

Un sentimento di gioia, per essere fatti degni di soffrire per il nome di Gesù. Le prove sono difficili e talvolta dure. Ma la realtà del nostro sacerdozio ci fa benedire il Signore di queste prove. Il cristiano conosce la gioia che sgorga dalla prova. È la certezza di essere col Signore, di camminare nella sua via, di verificare in sé la realizzazione delle sue predizioni e delle sue promesse, anche se dure per la nostra natura di esseri umani. E un sentimento di grande confidenza e fiducia.


Tanti si aspettano dal Papa gesti clamorosi, interventi energici e decisivi. Il Papa non ritiene di dover seguire altra linea che non sia quella della confidenza in Gesù Cristo, a cui preme la sua Chiesa più che non a qualunque altro. Sarà Lui a sedare la tempesta. 

Quante volte il Maestro ha ripetuto: ‘’Confidite in Deum. Creditis in Deum, et in me credite !’’. Il Papa sarà il primo ad eseguire questo comando del Signore e ad abbandonarsi, senza ambascia o inopportune ansie, al gioco misterioso della invisibile ma certissima assistenza di Gesù alla sua Chiesa. 
 
Non si tratta di un’attesa sterile o inerte: bensì di attesa vigile nella preghiera. È questa la condizione, che Gesù stesso ha scelto per noi, affinché Egli possa operare in pienezza, Anche il Papa ha bisogno di essere aiutato con la preghiera. (…).

 

Le salut par le moyen de l'Église, Peuple de Dieu, selon le Bienheureux Paul VI, 1971



Audience publique, premier septembre 1971


Le Bienheureux Paul VI - Portrait officiel
 


Chers Fils et Filles,

Parmi les multiples expressions qui définissent cette société mystérieuse et complexe qu’est  l’Église, il en est une à laquelle le Concile tient particulièrement : «Peuple de Dieu».

Nous connaissons tous quelques-uns, au moins, des titres que le langage biblique et la théologie confèrent à l’Église. Un rappel à ce sujet permettra de mieux comprendre l’importance et le sens de celui que nous avons choisi, aujourd’hui, comme sujet de réflexion : « Église-Peuple de Dieu ». 


Je serai leur Dieu et eux seront mon peuple

- L’Église est « in Christo », un sacrement, un signe, le moyen par lequel les hommes peuvent communiquer intimement avec Dieu pour leur propre Salut. Elle est l’instrument qui leur permet de s’unir tous dans la création d’une société et même plus, d’une communion.

- L’Église est « la semence et le commencement » du Royaume du Christ et de Dieu.

- C’est le bercail dont le Christ est le Pasteur.

- Elle est la maison, la famille de Dieu, la Jérusalem messianique, la cité de Dieu.

- Épouse du Christ, l’Église est l’humanité unie à Lui par un lien d’amour suprême.

- Elle est pilier et fondement de vérité.

- Elle est surtout le Corps Mystique dont le Christ est le Chef et dont nous sommes les membres, différemment constitués, mais animés d’un seul Esprit (cf. 1 Corinthiens 12,12 ; Colossiens 1,18 ; Éphésiens 1,22-23 ; Éphésiens 4,15-16).

Ces expressions font chacune l’objet d’une profonde méditation, mais reprenons celle que le Concile estime davantage.

Lisons l’une des très belles pages de la Constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium, n° 9) :

À toute époque et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (cf. Actes des Apôtres 10,35). 

Cependant, le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le Salut séparément, hors de tout lien naturel. Il a voulu, au contraire, en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. 

C’est pourquoi, il s’est choisi Israël pour être son peuple avec qui Il a fait alliance et qu’il a progressivement instruit, se manifestant lui-même et son dessein, dans l’histoire de ce peuple et se l’attachant dans la sainteté. 

Tout cela, cependant n’était que pour préparer et figurer l’alliance nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait apportée par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair. 

« Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Judas, une alliance nouvelle... Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple... Tous méconnaîtront, du plus petit jusqu’au plus grand, dit le Seigneur (Jérémie 31,31-34). 

Cette alliance nouvelle, le Christ l’a instituée : c’est la nouvelle alliance dans son sang (cf. 1 Corinthiens 11,25) ; Il appelle la foule des hommes de parmi les juifs et de parmi les gentils, pour former un tout, non selon la chair, mais dans l’Esprit et devenir le nouveau Peuple de Dieu.
C’est, là, une magnifique synthèse historique et théologique des rapports entre Dieu et l’humanité, selon la Révélation. 


Pas d’antagonisme Peuple-Hiérarchie

D’aucuns ont attribué « une grande importance doctrinale et pratique à la priorité donnée par Lumen Gentium au chapitre II : « Peuple de Dieu », sur le chapitre III : « Constitution hiérarchique de l’Église », comme si cela devait entraîner une modification profonde du contexte de l’Église et l’obliger ainsi à reformer les règles constitutionnelles, établies par le Christ, interprétées et appliquées par la tradition; changement qui s’effectuerait aux dépens des doctrines dogmatiques du Concile de Trente, de Vatican I, de l’enseignement théologique et catéchétique, et dont l’idéologie démocratique de notre temps tirerait profit

Mais il n’en est pas ainsi.

Cette priorité revêt une extrême importance de par la vision globale et organique qu’elle nous oblige à contempler. 

La réalité humaine dont est enveloppé le Corps mystique et social de l’Église, ainsi que la raison finale de l’Église elle-même, c’est-à-dire le Salut de l’humanité, du Peuple, sont placées au premier plan : priores intentiones.

Mais la cause instrumentale efficiente, c’est-à-dire le mandat hiérarchique — avec les pouvoirs relatifs à la génération du Peuple de Dieu —, conféré par le Christ aux Apôtres, garde toute sa valeur : prior executione

Ce n’est pas sous cet aspect pseudo-antagoniste du Peuple et de la Hiérarchie que nous devons considérer ce titre de « Peuple de Dieu » reconnu à l’Église tout entière, fidèles, évêques et Pape ensemble.


Tous voués à un même destin

Dans la pensée divine, les hommes sont tous égaux, voués à un même destin ; l’humanité constitue un peuple auquel tous peuvent s’unir. 

C’était un peuple choisi et pour des raisons ethniques et religieuses, selon l’Ancienne Alliance et l’Ancien Testament, c’était un peuple privilégié. 

Mais avec la venue du Messie, du Christ fondateur d’une « nouvelle et éternelle alliance », un nouveau peuple est né, non pas déterminé par le sang et par la terre, mais comme Pierre l’écrit dans sa première lettre: «race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis », par la Rédemption du Christ offerte à toute l’humanité, à un peuple de fils de Dieu (cf. Jean 1,12), à vous tous « appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui, jadis, n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu » (1 Pierre 2,9-10). 

Tel est le dessein religieux, le vrai plan du Salut, jailli de la miséricorde divine, de l’amour éternel. Le Concile nous le présente admirablement dans toute sa réalité historique, essentielle, dans les siècles des siècles.


Le peuple des croyants

Mais, attention ! Conformément aux inscrutables pensées de Dieu (cf. Matthieu 24,40) et en hommage à la liberté humaine inviolable (cf. Romains 10-16 ; Jean 12,37), ce plan divin, volontairement et essentiellement universel, c’est-à-dire catholique, maintient cependant une ligne de séparation, la foi, avec tout ce qu’elle comporte sur le plan humain et spirituel (cf. Marc 16,16 ; Hébreux 11,16) ; cette ligne est la marque du Peuple de Dieu : ce dernier est, en effet, la communauté des croyants, de tous ceux qui ont accueilli l’Évangile, la Bonne Nouvelle, de tous ceux qui ont lié avec le Dieu vivant, un rapport nouveau et ineffable et ont établi avec Lui cette alliance surnaturelle que nous appelons le Nouveau Testament (cf. 1 Corinthiens 1,21).

L’appartenance au Peuple de Dieu revêt une importance décisive : c’est le commencement et le gage du Salut. 

Elle découle d’un mystère de grâce, de miséricorde, d’amour de la part de Dieu et d’un mystère de liberté humaine de notre part

Elle se greffe sur le drame de notre éternel destin (cf. Jean 3,18 ;  Apocalypse 7,3 ; Apocalypse 9,4 ; Apocalypse 14,1), et d’autres immenses problèmes s’y rattachent, tels que les missions (cf. Ad Gentes, n° 2-5) et l’œcuménisme (cf. Unitatis redintegratio, n°2). 

Si le Peuple de Dieu est l’Église du Christ, appartenir à l’Église du Christ devient alors un fait capital.


Ceux qui rompent la Communion

Ceux qui entrevoient dans l’idée et dans la réalité du terme « Peuple », l’expression suprême de la coexistence humaine, mais qui veulent rester du plan humain, renoncent à l’élévation de cette multitude d’êtres mortels et toujours insatisfaits, au rang supérieur du Peuple de Dieu, du Peuple messianique, voué au destin présent et futur de l’Église, Corps du Christ ressuscité et ressuscitant ; c’est un risque dangereux qui peut conduire à de graves erreurs.

Ceux qui croient :

- demeurer chrétiens en désertant les milieux institutionnels de l’Église visible et hiérarchique 

- ou rester fidèles à la pensée du Christ en construisant une Église qui ne sied qu’à leur propre personne

... sont hors du chemin, rompent et font rompre aux autres la vraie communion avec le Peuple de Dieu ; ils perdent ainsi le gage de Ses promesses.


Le salut par l’Église

Il y a lieu de rappeler, ici, le vieil adage : 

« Hors de l’Église, pas de Salut »

 (cf. Denzinger-Schönmetzer, n° 2865 : « À nouveau nous devons mentionner et blâmer la très grave erreur dans laquelle malheureusement se trouvent certains catholiques qui pensent que des hommes vivant dans l'erreur et loin de la vraie foi et de l'unité catholique peuvent parvenir à la vie éternelle. Or cela est contraire au plus haut point à la doctrine catholique. » ; Dublanchy, Dictionnaire de théologie catholique, article « Église », colonne n° 2155). 


Ce n’est pas le moment d’en expliquer le sens. 

Dieu peut sauver quiconque selon sa volonté et nous connaissons tous la grandeur de sa sagesse et de sa miséricorde ; mais en révélant son amour, Il a établi le Christ avec son Église, pont que nous sommes obligés de franchir pour atteindre son Salut et sa Béatitude.

Nous devrions alimenter sans cesse et examiner attentivement cette conscience d’appartenir au Peuple de Dieu, à l’Église, unis filialement dans la foi, la charité, la communion visible, telle qu’elle est légitimement constituée ; cette conscience devrait représenter la source spirituelle de sécurité et de joie, propre au Peuple de Dieu. Que de notre cœur jaillisse toujours l’hymne de l’Église en marche :

  Que tes demeures sont agréables, ô Seigneur, Dieu des Armées ! 
Mon âme soupire et languit 
Après les parvis du Seigneur ! 
Mon cœur et ma chair crient de joie 
Vers le Dieu vivant 
(Psaume 83).

Avec notre Bénédiction Apostolique.

Sourcehttp://www.clerus.org/bibliaclerusonline/es/cu3.htm

RemarqueLa mise en forme du texte est le fait de l'auteur de ce blogue, afin de mieux faire apparaître la structure de la pensée du Saint-Père.

Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme...



L'adoration des bergers, par Charles Le Brun, 1689, Musée du Louvres


«  (…) par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » : phrase célèbre de la Constitution pastorale « sur l’Église de ce temps », Gaudium et Spes, citée volontiers par le pape S. Jean-Paul II.

Les prêtres et théologiens de la Fraternité sacerdotale S. Pie X posent la question de savoir si cette affirmation se trouve bien dans la continuité de la théologie christologique et sotériologique traditionnelle ou si elle constitue une innovation injustifiée.

C’est ainsi que, pour permettre au lecteur de se faire une meilleure idée de la question, après avoir cité les extraits suivants : 
 
a) d’un article de la « Déclaration finale » du premier symposium théologique de Paris, tenu à l’Institut Universitaire Saint-Pie X, les 4 et 5 octobre 2002, symposium qui « se proposait d’analyser la ‘’religion de Vatican II’’, et d’en tenter une synthèse » ;

b) d’un texte du Professeur Paolo Pasqualucci développant le questionnement de l’union, par son Incarnation, et « en quelque sorte »du Fils de Dieu « à tout homme »;

nous mettrons à disposition un certain nombre de textes (n°1 à 14) publiés autour de cette affirmation théologique par le Magistère de l’Église catholique ou la Commission théologique internationale, après le IId Concile Œcuménique du Vatican.




***


a) « Déclaration finale », article 8 – le salut, in La religion de Vatican II – études théologiques, premier symposium de Paris, 4-5-6 octobre 2002, Éditions des Cercles de Tradition de Paris, p. 359.


En-deçà de cette croissance historique de l’unité du genre humain, l’Incarnation du Fils de Dieu réalise « en quelque sorte » l’identification de tout homme au Christ (GS, n°22). 
 
La question fondamentale du salut ou de la damnation perd de son urgence. 
 
Désormais la pastorale conciliaire fera l’économie du péché originel et de la déchéance de la nature humaine. 
 
Le salut devient une prise de conscience.


b) Professeur Paolo Pasqualucci, « La christologie anthropocentrique du Concile Œcuménique Vatican II », in Courrier de Rome, année 50, n°392 (583), décembre 2015, §. 2 : une conception de l’Incarnation nouvelle et ambiguë.


Dans l’art. 22 de Gaudium et spes, il est affirmé que « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (Ipse enim, Filius Dei, incarnatione sua cum omni homine quodammodo Se univit). 
 
Comment arrive-t-on à une telle proposition, qui frappe par sa nouveauté, ainsi que par une ambiguïté certaine et immédiate, causée à première vue par l’utilisation de l’expression « en quelque sorte » ? 
 
Si Notre-Seigneur s’est uni seulement « en quelque sorte », devons-nous comprendre cette union uniquement dans un sens symbolique, c’est-à-dire moral ? Et si oui, cela signifie-t-il que chacun de nous a été en quelque sorte divinisé par l’Incarnation de Notre-Seigneur ? 
 
Mais même sans l’incise, l’idée même d’Incarnation de Notre-Seigneur comme «union avec tout homme» est tout sauf claire, étant donné que, d’après le dogme, nous savons qu’Il s’est uni (dans l’union hypostatique) exclusivement à la nature humaine de cet homme que fut le juif Jésus de Nazareth . Sa divinité s’est donc unie (tout en restant indivisée et distincte) à la nature humaine d’un seul homme, en un individu unique, un homme en chair et en os, dont l’existence historique a été largement prouvée. 
 
Comment se fait-il que le Concile, d’une façon tout à fait atypique, vienne nous parler de l’Incarnation comme d’une union de Notre-Seigneur « avec tout homme »? Qu’est-ce que cela signifie ?

L’art. 22 GS fait partie du chapitre I de cette constitution, consacré à la « Dignité de la personne humaine » (art. 12-22). L’article veut relier la dignité de la personne humaine à la divinité du Christ, qui constitue, comme nous le savons, le modèle de l’homme nouveau, c’est-à-dire du chrétien, en tant que pécheur repenti qui se régénère en vivant selon l’enseignement du Christ (Jean 3,3-8). 
 
Le sujet de l’article est en effet : « Le Christ, homme nouveau. » Il s’agit d’une terminologie traditionnelle, que le texte conciliaire, en suivant tout de même la Tradition, rapporte au chapitre V de l’épître aux Romains davantage qu’à l’Évangile de saint Jean, épître où saint Paul énonce le dogme du péché originel, opposant le premier Adam (« figure de Celui qui devait venir ») au Christ, qui est alors le « nouvel Adam », comme le répète l’art. 22 GS, au premier paragraphe.

Reapse nonnisi in mysterio Verbi incarnati mysterium hominis vere clarescit. Adam enim, primus homo, erat figura futuri [Rm 5, 14 ; Tert., De carnis resurr., 6] scilicet Christi Domini. Christus, novissimus Adam, in ipsa revelatione mysterii Patris Eiusque amoris, hominem ipsi homini plene manifestat eique altissimam eius vocationem patefacit. Nil igitur mirum in Eo prædictas veritates suum invenire fontem atque attingere fastigium. (GS 22.1).

Le Concile affirme donc qu’en ce « nouvel Adam » le Christ, en révélant le mystère du Père et de son amour pour l’homme, « manifeste pleinement l’homme à lui-même ». Le manifestant à lui-même, il « lui découvre la sublimité de sa vocation ». Comprendre : « la très haute vocation » de l’homme. Ceci établi, poursuit le texte, « la source » des « vérités exposées au sujet de l’homme » devient alors évidente. 
 
De quelles vérités s’agit-il ? 
 
De celles exposées dans les paragraphes précédents du chap. I de la constitution, à partir de l’art. 12. La première vérité est que l’homme a été « créé à l’image de Dieu » : pour cette raison, il possède sa « dignité et vocation ». La dignité de l’homme se manifeste aussi dans la « dignité de son intelligence et de sa sagesse », qui le conduisent « vers la recherche et l’amour du vrai et du bien » (art.15) ; dans la dignité de sa « conscience morale » (art. 16) et dans la « grandeur de sa liberté » (art. 17).

Cette véritable exaltation de la « dignité » et de la « grandeur » de l’homme, l’art. 22.1 la greffe sur la doctrine traditionnelle du Christ comme « nouvel Adam ». Mais une telle union est-elle permise ? 
 
La question me semble tout à fait permise parce que la célèbre phrase clé : « le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » ne vient pas de saint Paul, ni en tant que phrase ni en tant que notion.

Elle vient, en revanche, après avoir été légèrement modifiée, de Catholicisme du père de Lubac, qui lui-même la tire d’une interprétation déformée de Gal. 1, 15-16.

On le sait, la phrase ci-dessus a déjà été critiquée efficacement par le cardinal Siri, dans Gethsemani. Le cardinal accusait à juste titre Lubac de manipulation du texte saint, de vouloir supprimer la distinction entre la nature et le Surnaturel, en divinisant ainsi l’homme. 
 
La critique de Siri à Lubac est considérée comme très pertinente entre autres par Johannes Dörmann, qui soutenait que la formulation du texte de GS 22.1 remontait en dernière analyse précisément à Henri de Lubac (G. SIRI, Getsemani, 2e éd., Edition Fraternità della Santissima Vergine Maria, Rome, 1987, pp. 55-56 ; J. DÖRMANN, Der theologische Weg Johannes Pauls II, Sitta Verlag, Senden, 1990, I, p. 922 ss., 112 ss.). 
 
Cette idée de la « manifestation de l’homme à lui-même » par le Christ, non comme pécheur destiné à la réprobation éternelle s’il n’est pas racheté par le Christ, mais au contraire comme porteur d’une dignité qui manifesterait « la sublimité de sa vocation », constitue une notion clé de l’art. 22 et, à bien y regarder, de toute la pastorale de Vatican II. Avec cette idée commence le discours qui finit par se conclure avec la notion particulière d’Incarnation que l’on a vu.

(…)

Vatican II affirme donc que l’Incarnation, n’ayant pas « absorbé » la nature humaine mais l’ayant « assumée », a élevé par cela même « en nous aussi » la nature humaine à une « dignité sans égale ». 
 
Devons-nous considérer qu’il s’agit là de la doctrine toujours enseignée par l’Église, étant donné que le texte conciliaire semble vouloir justifier ses affirmations sur la base de ce qui est enseigné par les trois Conciles œcuméniques de l’antiquité auxquels il se réfère ? 
 
En réalité, si l’on relit ce magistère conciliaire ancien (et dogmatique), on s’aperçoit que celui-ci enseigne bien que l’Incarnation a élevé la nature humaine, mais pas en nous, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, en Celui qui s’est incarné ! Et ce parce que seul Celui qui s’est incarné est l’homme parfait, sans péché !

Il nous semble donc que l’incise « etiam in nobis », soutenue par « eo ipso », de GS 22, constitue une extraordinaire nouveauté pour les documents officiels du Magistère, car elle semble vouloir étendre à nous aussi, hommes pécheurs, en tant que tels, la dignité sublime de l’humanité parfaite du Christ, Dieu historiquement incarné en un homme.






***




1) Concile du Vatican II, Gaudium et Spes, 1965, n° 22, § 1, 2 et 5.


1. En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné.

Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir [Cf. Rm 5, 14. Cf. Tertullien, De carnis resurrectione, 6 : « Tout ce que le limon [dont est formé Adam] exprimait, présageait l’homme qui devait venir, le Christ » ; Patrologia Latina, vol. 2, col. 802 (848) ; Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, 47, p. 33, 1. 12-13.], le Christ Seigneur. 
 
Nouvel Adam, le Christ, dans la Révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation
 
Il n’est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en lui leur source et atteignent en lui leur point culminant. 
 
2. « Image du Dieu invisible » (Colossiens 1, 15), il est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché.

Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée [Cf. Concile de Constantinople II, can. 7 : « Sans que le Verbe soit transformé dans la nature de la chair, ni que la chair soit passée dans la nature du Verbe. » – Cf. aussi Concile de Constantinople III : « Car de même que sa chair toute sainte, immaculée et animée, n’a pas été supprimée par la divinisation, mais qu’elle est demeurée dans son état et dans sa manière d’être. » – Cf. Concile de Chalcédoine : « nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation » : Denzinger 148 (302).], par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme [Cum in Eo natura humana assumpta, non perempta sit, eo ipso etiam in nobis ad sublimem dignitatem evecta est. Ipse enim, Filius Dei, incarnatione sua cum omni homine quodammodo Se univit]
 
Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme [Cf. Concile de Constantinople III : « De même sa volonté humaine divinisée n’a pas été supprimée » : Denzinger 291 (556).], il a aimé avec un cœur d’homme.
Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché [Cf. He 4, 15.]. 
 
(…)

Mais, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, il va au-devant de la résurrection [Cf. Ph 3, 10 ; Rm 8, 17. ]. 
 
5. Quod non tantum pro christifidelibus valet, sed et pro omnibus hominibus bonae voluntatis in quorum corde gratia invisibili modo operatur

Cum enim pro omnibus mortuus sit Christus (40) cumque vocatio hominis ultima revera una sit, scilicet divina, tenere debemus Spiritum Sanctum cunctis possibilitatem offerre ut, modo Deo cognito, huic paschali mysterio consocientur.

Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce [Lumen gentium, n° 16].

En effet, puisque le Christ est mort pour tous [Cf. Rom. 8, 32 ] et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal.






2) Jean-Paul II, Redemptor Hominis (1979), nos 8 et 14.


8. (…) Le Concile Vatican II, dans son analyse pénétrante du « monde contemporain », a atteint ce point qui est le plus important du monde visible, à savoir l'homme, en descendant, comme le Christ, au plus profond des consciences humaines, en parvenant jusqu'au mystère intérieur de l'homme qui s'exprime, dans le langage biblique et même non biblique, par le mot «cœur». 
 
Le Christ, Rédempteur du monde, est celui qui a pénétré, d'une manière unique et absolument singulière, dans le mystère de l'homme, et qui est entré dans son «cœur». 
 
C'est donc à juste titre que le Concile Vatican II enseigne ceci : 
 
En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir (cf. Rm 5, 14), le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation
 
Et encore :

« Image du Dieu invisible » (Col 1, 15) il est l'Homme parfait qui a restauré dans la descendance d'Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché.
Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme (Gaudium et Spes, n°22, 1 et 2).


Il est le Rédempteur de l'homme !


14. (…) Cet homme est la route de l’Église, route qui se déploie, d'une certaine façon, à la base de toutes les routes que l’Église doit emprunter, parce que l'homme tout homme sans aucune exception a été racheté par le Christ ; parce que le Christ est en quelque sorte uni à l'homme à tout homme sans aucune exception même si l’homme n'en est pas conscient : « Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l'homme » à tout homme et à tous les hommes «... lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation » (Gaudium et Spes, n°10). (…).






3) The Evangelical-Roman Catholic Dialogue on Mission, 1977-1984, a Report. Publié par la Pater Noster Press, Exeter, Royaume-Uni et William B. Eerdmans, Grand Rapids, États-Unis. Réimpresion avec permission, §. 3. 4.
Traduction française par l’auteur de ce blog.


(…) Roman Catholics go further, however, and consider that, if human sin is universal, all the more is Christ's salvation universal. If everyone born into the world stands in solidarity with the disobedience of the first Adam, still the human situation as such has been changed by the definitive event of salvation, that is, the Incarnation of the Word, his death, his resurrection and his gift of the Spirit. All are now part of the humanity whose new head has overcome sin and death. For all there is a new possibility of salvation which colours their entire situation, so that it is possible to say "Every person, without exception, has been redeemed by Christ, and with each person, without any exception, Christ is in some way united, even when that person is not aware of that" [Redemptor Hominis, 14]. To become beneficiaries of the obedience of the Second Adam, men and women must turn to God and be born anew with Christ into the fullness of his life. The mission of the Church is to be the instrument to awaken this response by proclaiming the gospel, itself the gift of salvation for everyone who receives it, and to communicate the truth and grace of Christ to all [Lumen Gentium, n°8] . 
 
(…) Les catholiques romains vont plus loin, et considèrent que, si le péché de l’humanité est universel, le salut du Christ l’est d’autant plus. Si tout homme venu au monde est solidaire de la désobéissance du Premier Adam, la condition humaine en tant que telle a été changée par l’événement définitif du salut, c’est-à-dire l’Incarnation du Verbe, sa mort, sa résurrection et la don qu’Il a fait du Saint-Esprit. Tous ont désormais part à l’humanité dont la Tête nouvelle a triomphé du péché et de la mort. Il existe pour tous une nouvelle possibilité de salut qui marque leur entière condition, de telle manière qu’il est possible de dire : « Tout homme, sans exception, a été racheté par le Christ, et c’est avec chaque homme, sans exception que le Christ est, en quelque sorte, uni, même lorsque cet homme n’en est pas conscient » [Redemptor Hominis, n°14]. Afin de bénéficier de l’obéissance du Second Adam, les hommes et les femmes doivent se tourner vers Dieu et renaître avec le Christ selon la plénitude de Sa vie. La mission de l’Église est d’être l’instrument qui permettra l’éveil de cette réponse en proclamant l’Évangile, qui est lui-même le don du salut, à toute homme qui le reçoit, et de communiquer la vérité et le grâce du Christ à tous [Lumen Gentium, n°8]

Evangelicals, on the other hand, understand the universality of Christ differently. He is universally present as God (since God is omnipresent) and as potential Saviour (since he offers salvation to all), but not as actual Saviour (since not all accept his offer). Evangelicals wish to preserve the distinction, which they believe to be apostolic, between those who are in Christ and those who are not (who consequently are in sin and under judgment), and so between the old and new communities. They insist on the reality of the transfer from one community to the other, which can be realized only through the new birth: "if anyone is in Christ, he is a new creation" (2 Cor 5:17).

Les évangéliques, d’autre part, comprennent différemment l’universalité du Christ. Il est présent universellement en tant que Dieu (puisque Dieu est omniprésent) et Sauveur potentiel (puisqu’Il propose le salut à tous), mais non pas comme Sauveur en acte (puisque tous n’acceptent pas sa proposition). Les Évangéliques souhaitent préserver la distinction, qu’ils croient être apostolique, entre ceux qui sont dans le Christ et ceux qui ne le sont pas (et qui sont, par conséquent, pécheurs et soumis au jugement), et ainsi entre l’ancienne et la nouvelle communauté. Ils insistent sur la réalité du transfert de l’une à l’autre, transfert qui peut être accompli uniquement par la nouvelle naissance : « si quiconque est dans le Christ, il est une nouvelle création » (2 Corinthiens 5, 17).

The relationship between the life, death and resurrection of Jesus and the whole human race naturally leads Roman Catholics to ask whether there exists a possibility of salvation for those who belong to non-Christian religions and even for atheists. Vatican II was clear on this point: "Those also can attain to everlasting salvation who through no fault of their own do not know the Gospel of Christ or his Church". On the one hand, there are those who "sincerely seek God and, moved by his grace, strive by their deeds to do his will". On the other, there are those who "have not yet arrived at an explicit knowledge of God, but who strive to live a good life, thanks to his grace".[23] Both groups are prepared by God's grace to receive his salvation either when they hear the gospel or even if they do not. They can be saved by Christ, in a mysterious relation to his Church.

La relation entre la vie, la mort et la résurrection de Jésus et l’humanité toute entière conduit naturellement les catholiques romains à poser la question de savoir s’il existe une possibilité de salut pour ceux qui appartiennent à des religions non-chrétiennes et même pour les athées. Vatican II fut clair à ce sujet : « Peuvent également atteindre au salut éternel ceux qui, sans faute de leur part, ne connaissent pas l’Évangile du Christ ou son Église ». D’une part, il y a ceux qui « cherchent Dieu sincèrement, et [qui], animés par sa grâce, s’efforcent, dans leurs actes, de faire Sa volonté ». D’autre part, il y a ceux qui « ne sont pas encore parvenus à une connaissance explicite de Dieu, mais qui s’efforcent, par le moyen de la grâce, de mener une vie bonne » (Lumen gentium, n°16]. Les deux groupes sont préparés par la grâce de Dieu à recevoir Son salut, soit qu’ils entendent parler de l’Évangile, soit que ce ne soit pas le cas. Ils peuvent être sauvés par le Christ, dans une mystérieuse relation à Son Église.

Evangelicals insist, however, that according to the New Testament those outside Christ are "perishing", and that they can receive salvation only in and through Christ. They are therefore deeply exercised about the eternal destiny of those who have never heard of Christ. Most Evangelicals believe that, because they reject the light they have received, they condemn themselves to hell. Many are more reluctant to pronounce on their destiny, have no wish to limit the sovereignty of God, and prefer to leave this issue to him. Others go further in expressing their openness to the possibility that God may save some who have not heard of Christ, but immediately add that, if he does so, it will not be because of their religion, sincerity or actions (there is no possibility of salvation by good works), but only because of his own grace freely given on the ground of the atoning death of Christ. All Evangelicals recognize the urgent need to proclaim the gospel of salvation to all humankind. Like Paul in his message to the Gentile audience at Athens, they declare that God "commands all men everywhere to repent, because he has fixed a day on which he will judge the world in righteousness by a man whom he has appointed" (Acts 17:30-31). 
 
Les évangéliques insistent, cependant, sur le fait que, selon le Nouveau Testament, ceux qui sont en dehors du Christ sont « dans un état de dépérissement », et qu’ils ne peuvent recevoir le salut que dans et par le Christ. Ils sont, par conséquent, profondément préoccupés par la destinée éternelle de ceux qui n’ont jamais entendu parler du Christ. La plupart des évangéliques croient que, parce qu’ils rejettent la lumière qu’ils ont reçu, ils se condamnent eux-mêmes à l’enfer. Beaucoup ont plus de réticence à se prononcer sur leur destin, ne souhaitent pas limiter la souveraineté de Dieu et préfèrent remettre cette question entre Ses mains. D’autres vont plus loin en se montrant ouverts à la possibilité que Dieu puisse sauver certains de ceux qui n’ont pas entendu parler du Christ, mais ils ajoutent immédiatement que, s’Il agit ainsi, cela ne sera pas à cause de leur religion, de leur sincérité ou de leurs actes (il n’existe aucune possibilité de salut par les bonnes œuvres), mais seulement à cause Sa grâce donnée librement sur le fondement de la mort expiatoire du Christ. Tous les évangéliques reconnaissent l’urgente nécessité de proclamer l’Évangile du salut à toute l’humanité. Comme Paul, dans son message aux Païens d’Athènes, ils déclarent que Dieu « commande à tous les hommes, en tout lieu, de se repentir, parce qu’il a fixé le jour où il jugera le monde dans sa justice, par un homme désigné par Lui (Actes des Apôtres 17, 30-31).






4) Jean-Paul II, Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 14 janvier 1980, n°4.


(…) Ce que la sagesse des nations reconnaît, l'Église a des raisons spéciales et très profondes d'en donner le témoignage et d'en assurer la sauvegarde, parce que le Christ s'est uni à tout homme et que sa sollicitude pour tout homme qu'il a racheté est devenue celle de l'Église : « Elle ne peut demeurer insensible à tout ce qui sert au vrai bien de l'homme, comme elle ne peut demeurer indifférente à ce qui le menace. » (Encyclique Redemptor hominis, n° 13.) 
 
Voilà pourquoi, dans cette encyclique comme dans le discours aux Nations Unies, j'ai pu insister sur les droits de l'homme et j’en ai énuméré un certain nombre (cf. Discours à l'ONU, n° 13) ; l'ensemble des droits de l'homme correspond en effet à la substance de la dignité de l'être humain, compris dans son intégralité et non pas réduit à une seule dimension. Et très souvent, j'ai l'occasion de revenir sur ce sujet capital.






5) Commission théologique internationale, La réconciliation et la pénitence, 1982, §. B. II. 2


2. Le Nouveau Testament désigne la croix de Jésus-Christ par des notions comme celles de substitution, de sacrifice, d’expiation
 
Aujourd’hui ces concepts sont difficilement accessibles à un très grand nombre de personnes; aussi faut-il les élucider et les interpréter avec soin
 
Il y a moyen d’y introduire et d’y préparer les esprits en se référant à la structure de solidarité de l’existence humaine : l’être, l’agir et le laisser-faire de l’autre et des autres déterminent chaque individu en son être propre et dans son agir. 
 
On peut ainsi rendre à nouveau compréhensible que par son obéissance et son dévouement « pour la multitude » Jésus-Christ a introduit une détermination nouvelle dans la situation existentielle de tout être humain.
 
Les assertions concernant le caractère de substitution de l’acte rédempteur de Jésus-Christ ne sont pleinement intelligibles que si l’on considère qu’en Jésus-Christ Dieu s’est engagé dans la conditio humana, de sorte que, dans la personne de l’homme-Dieu Jésus-Christ, Dieu s’est réconcilié le monde (2 Co 5, 19). Alors on est en droit de dire : « Un seul est mort pour tous, donc tous sont morts... Si quelqu’un est dans le Christ, il est dès lors une créature nouvelle » (2 Co 5, 14.17). 
 
La rédemption du péché, autrement dit le pardon des péchés, s’effectue donc par l’admirabile commercium.
 
« Celui qui n’a pas connu le péché [Dieu] l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2 Co 5, 21 ; Rm 8, 3 s ; Ga 3, 13 ; 1 P 2, 24). « Le Fils de Dieu, dans la nature humaine qu’il s’est unie, vainqueur de la mort par sa mort et sa résurrection, a racheté l’homme et l’a transformé en une créature nouvelle » (Lumen Gentium, 7). « Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme (Gaudium et Spes, 22 ; cf. à ce sujet Commission Théologique Internationale, « Questions choisies de christologie »).






6) Commission théologique internationale, Dignité et droits de la personne humaine, 1983, §. 2.2.3.


L’Évangile, en effet, apporte un nouveau fondement religieux spécifiquement chrétien à la dignité et aux droits de la personne. Il ouvre des perspectives nouvelles et plus amples aux hommes qu’il considère comme d’authentiques fils adoptifs de Dieu et comme des frères dans le Christ crucifié et ressuscité.

Le Christ a été et est présent à toute l’histoire humaine. 
 
« Au commencement était le Verbe... toutes choses ont été faites par lui » (Jean 1, 1-3). « Il est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, car en lui toutes choses ont été créées dans les cieux et sur la terre » (Colossiens 1, 15-16 ; cf. 1 Corinthiens 8, 6 ; Hébreux 1, 1-4). 
 
Dans son incarnation, il a conféré à la nature humaine une dignité sans égale. Par là, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme (Gaudium et Spes 22, 2 ; Redemptor hominis 8). 
 
Grâce à son existence terrestre, il a pris part à la condition humaine sous tous ses aspects hormis le péché. Dans les douleurs corporelles et spirituelles ressenties dans sa nature humaine, notamment durant sa Passion, il a pris part à la condition humaine avec nous tous. 
 
Son passage de la mort à la vie ressuscitée est aussi un don nouveau qui doit être communiqué à tous les hommes. Dans le Christ, mort et ressuscité, se trouvent les prémices de l’homme nouveau transformable et transformé en une condition supérieure.

Ainsi, donc, tout chrétien, en son cœur comme en ses œuvres, doit se conformer aux exigences de la vie nouvelle et se conduire selon les exigences de la « dignité chrétienne ». Il portera une attention toute spéciale au respect des droits de tous les hommes (Romains 13, 8-10). Selon la loi du Christ (Galates 6, 2) et selon le commandement nouveau de la charité (Jean 13, 34), il ne recherchera pas ses propres intérêts, il évitera tout égoïsme (1 Corinthiens 13, 5).






7) Jean-Paul II, Discours aux membres du Corps diplomatique accrédite près le Saint-Siège, à l’occasion des vœux du nouvel An, 12 janvier 1991, n°2.


(…) Parce que le Christ, depuis le jour de Noël, s'est uni à tout homme, l'Église à son tour partage sa sollicitude pour chacun. Voilà pourquoi le Pape, qui préside à la communion ecclésiale, se veut au service des hommes quels qu'ils soient, quelles que soient leurs convictions, et il ne peut demeurer indifférent à leur bonheur ni aux menaces qui pèsent sur eux.






8) Joseph Cardinal Ratzinger (président du comité de direction), Mgr Christoph Schönborn (éditeur général), Catéchisme de l’Église catholique, 1992, 1998, n° 618.


Crux unicum est sacrificium Christi unius mediatoris inter Deum et homines [Cf 1 Tim 2,5].  

Sed quia, in Sua Persona divina incarnata, « cum omni homine quodammodo Se univit » [Concilium Vaticanum II, Const. past. Gaudium et spes, 22: Acta Apostolicae Sedis 58 (1966) 1042], hominibus « cunctis possibilitatem offert ut, modo Deo cognito, [...] Paschali mysterio consocientur » [Concilium Vaticanum II, Const. past. Gaudium et spes, 22: Acta Apostolicae Sedis 58 (1966) 1043].

Ipse Suos vocat discipulos ut tollant crucem suam et sequantur Eum [Cf Mt 16,24], quia Ipse passus est pro nobis, nobis relinquens exemplum ut sequamur vestigia Eius [Cf 1 Pe 2,21]. Ipse etenim Suo sacrificio redemptivo illos vult etiam sociare qui eius sunt primi beneficiarii. 

Hoc [Cf Mc 10,39; Io 21,18-19; Col 1,24] adimpletur, modo supremo, in persona Matris Eius, quae, intimius quam quilibet alius, mysterio Eius passionis redemptricis est associata [Cf Lc 2,35].

« Unica haec et vera est scala paradisi, nec praeter crucem alia superest qua in caelum ascendatur » [Sancta Rosa de Lima: P. Hansen, Vita mirabilis [...] venerabilis sororis Rosae de sancta Maria Limensis (Romae 1664) p. 137].




La Croix est l’unique sacrifice du Christ « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tm 2, 5). 
 
Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, « il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (Gaudium et Spes, n°22, § 2), il « offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal » (Gaudium et Spes, n°22, § 5). 
 
Il appelle ses disciples à « prendre leur croix et à le suivre » (Mt 16, 24) car « il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas » (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39 ; Jn 21, 18-19 ; Col 1, 24). 
 
Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35).

« En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel » (Ste. Rose de Lima, Vita).






9) Jean-Paul II, Discours lors de la 1ère session célébrative de l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des Évêques, Yaoundé, Cameroun, 15 septembre 1995, n°5.


Parmi les thèmes de réflexion du Synode, une grande attention a été naturellement accordée à l’inculturation
 
Il s’agit au fond, pour les peuples du monde, de recevoir le Fils de Dieu fait homme, par qui la nature de l’homme « a été élevée à une dignité sans égale », Lui qui « s’est en quelque sorte uni à tout homme », Lui qui, « par son sang librement répandu, nous a mérité la vie », Lui en qui « Dieu nous a réconciliés avec lui-même et entre nous »[Gaudium et Spes, n°22]. Ces paroles essentielles du Concile Vatican II nous guident quand nous réfléchissons à la démarche de l’inculturation. 
 
Tout homme est appelé à accueillir le Christ dans sa nature profonde. Tout peuple est appelé à l’accueillir avec toute la richesse de son héritage.
 
De tout son être, la personne humaine aimée et sauvée par le Christ se laisse saisir par sa présence et se laisse purifier par l’Esprit. C’est une rencontre transformante, car l’amour change celui qui reçoit le Seigneur. Et Jésus vient avec grandeur et humilité fraternelle en même temps ; par sa présence, il enrichit ce qui est bon dans l’homme et change ce qui reste d’impur. J’évoquais à la Messe la parabole des sarments de la vigne : l’inculturation véritable a lieu quand les vivants sarments se laissent greffer sur le cep qu’est le Christ et émonder par le vigneron qu’est le Père.






10) Jean-Paul II, Redemptoris Missio, 1997, n°6


(…) S'il est donc normal et utile de prendre en considération les divers aspects du mystère du Christ, il ne faut jamais perdre de vue son unité. Alors que nous découvrons peu à peu et que nous mettons en valeur les dons de toutes sortes, surtout les richesses spirituelles, dont Dieu a fait bénéficier tous les peuples, il ne faut pas les disjoindre de Jésus Christ qui est au centre du plan divin de salut. 
 
Comme, « par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme », « nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associés au Mystère pascal » [Cf. Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n°22]. Le plan de Dieu est de « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Éphésiens 1, 10).






11) Commission théologique internationale, Le christianisme et les religions, 1997, nos 46, 47 et 49 b et c.


[46] Le Fils de Dieu s’est uni à tout homme [Parmi d’autres nombreux documents, voir Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, no 22 ; Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, no 6. ].
 
Cette idée revient fréquemment chez les Pères, qui s’inspirent de certains passages du Nouveau Testament. L’un de ceux qui a donné lieu à cette interprétation est la parabole de la brebis perdue [Voir Mt 18, 12-24 ; Lc 15, 1-7] : celle-ci est identifiée au genre humain égaré que Jésus est venu chercher. 
 
Avec l’assomption de la nature humaine, le Fils a pris sur ses épaules l’humanité entière pour la présenter au Père
 
Ainsi s’exprime Grégoire de Nysse : « Cette brebis, c’est nous, les hommes. […] Le Sauveur prend sur ses épaules la brebis tout entière car, […] puisqu’elle s’était perdue tout entière, elle est ramenée tout entière. Le pasteur la porte sur ses épaules, c’est-à-dire dans sa divinité. […] Ayant pris sur lui cette brebis, il la rend une avec lui [Saint Grégoire de Nysse, Antirrheticus adversus Apolinarium, 16 (Gregorii Nysseni Opera, t. III/1, éd. F. Müller, Leiden, 1958, p. 151-152 ; voir Patroloiga Græca, vol. n°45, col. 1153). Voir également saint Irénée, Adversus Haereses, III, 19, 3 (Source Chrétiennes, n° 211, p. 380-381) ; V, 12, 3 (Source Chrétiennes, n° 153, p. 150-151) ; Démonstration de la prédication apostolique, 33 (Source Chrétiennes, n° 406, p. 130-131) ; saint Hilaire de Poitiers, Sur Matthieu, 18, 6 (Source Chrétiennes, n° 258, p. 80-81). »
 
Le verset de Jean 1, 14 également (« le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ») a été interprété en plusieurs occasions dans le sens d’habiter « en nous », c’est-à-dire à l’intérieur de chaque homme ; de « l’être en nous », on passe facilement à « notre être en lui [Voir saint Hilaire de Poitiers, La Trinité, II, 24-25 (Source Chrétiennes, n° 443, p. 314-316) ; saint Athanase, Oratio III contra Arianos, 25 et 33-34 (Patroloiga Græca, vol. n°26, col. 376 et 393-397) ; saint Cyrille d’Alexandrie, In Joannis evangelium, I, ix et V, ii (Patroloiga Græca, vol. n°73, col. 161 et 753). On pourrait également introduire ici l’idée de « l’échange » ; voir saint Irénée, Adversus Haereses, V, Préface (Sources Chrétiennes, 153, p. 14-15), etc.] ». 
 
Nous contenant tous en lui, il peut tous nous réconcilier avec le Père [Saint Cyrille d’Alexandrie, In Joannis evangelium, I, 9 (Patrologia Græca, vol. n° 73, col. 164) ]. Dans son humanité glorifiée, nous pouvons tous trouver la résurrection et le repos [Voir saint Hilaire de Poitiers, Tractatus super Psalmos, XIII, 4 ; XIV, 5 ; XIV, 17 ; LI, 3 (Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, 22, p. 81 ; p. 87-88 ; p. 96 ; p. 98). ].

[47] Les Pères n’oublient pas que cette union des hommes dans le Corps du Christ se produit surtout dans le Baptême et l’Eucharistie
 
Mais l’union de tous dans le Christ, par son assomption de notre nature, constitue un présupposé objectif à partir duquel le croyant grandit dans l’union personnelle avec Jésus. (…).


[49] (…) (b) Certains textes du Nouveau Testament et de la tradition la plus ancienne laissent entrevoir une signification universelle du Christ qui ne se réduit pas à celle que nous venons de mentionner. 
 
Par sa venue dans le monde, Jésus éclaire tout homme, il est l’Adam ultime et définitif auquel nous sommes tous appelés à nous conformer, etc. 
 
La présence universelle de Jésus apparaît de manière un peu plus élaborée dans la doctrine ancienne du Logos spermatikos. Mais même là, les auteurs anciens font clairement la différence entre l’apparition plénière du Logos en Jésus, et la présence de ses semences en ceux qui ne le connaissent pas. Cette présence est réelle mais elle n’exclut pas l’erreur et la contradiction [Outre les textes déjà cités, voir saint Augustin, Lettre 137, 12 (Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, 44, p. 11-14) ; Retractationes, I, 13, 3 (Corpus Christianorum, Series Latina, 57, p. 37).]
 
À partir de la venue de Jésus dans le monde, et surtout à partir de sa mort et de sa résurrection, on comprend le sens ultime de la proximité du Verbe envers tous les hommes. Jésus conduit l’histoire entière à son accomplissement [Constitution pastorale Gaudium et spes, nos 10 et 45.].

(c) Si le salut est attaché à l’apparition historique de Jésus, l’adhésion personnelle à Jésus dans la foi ne peut être indifférente pour personne.
Ce n’est que dans l’Église, qui est en continuité historique avec Jésus, que l’on peut vivre pleinement son mystère. Cela implique l’indispensable nécessité de l’annonce du Christ par l’Église.






12) Jean-Paul II, Message pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2005.

Même si le « mystère de l'impiété » est présent et est à l'œuvre dans le monde (cf. 2 Th 2,7), il ne faut pas oublier que l'homme racheté a en lui suffisamment d'énergies pour s'y opposer. Créé à l'image de Dieu et racheté par le Christ qui « s'est en quelque sorte uni à tout homme » (Gaudium et spes, n°22 ), ce dernier peut coopérer activement au triomphe du bien.


L'action de « l'Esprit du Seigneur remplit le monde » (Sg 1,7). Que les chrétiens, spécialement les laïcs, « ne cachent pas cette espérance au fond d'eux-mêmes, mais que, par une continuelle conversion et par la lutte ‘‘contre les maîtres de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal'' (Ep 6,12), ils l'expriment aussi à travers les structures de la vie séculière »(Lumen gentium, n°35).






13) Commission théologique internationale, L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême, 2007, n°88


Il existe une unité et une solidarité fondamentales entre le Christ et tout le genre humain.


Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte (quodammodo) uni à tout homme [Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, no 22. Les Pères de l’Église se réjouissent à la pensée de l’assomption de la totalité de l’humanité par le Christ. Par exemple saint Irénée, Adversus Haereses, III, 19, 3 (Sources chrétiennes, 211, p. 380-381) ; Id., Démonstration de la prédication apostolique, 33 (Sources chrétiennes, 406, p. 130-131) ; saint Hilaire de Poitiers, Sur Matthieu, 4, 12 (Sources chrétiennes, 254, p. 130-131) et 18, 6 (Sources chrétiennes, 258, p. 80-83) ; Id., La Trinité, II, 24 (Sources chrétiennes, 443, p. 314-315) ; Id., Tractatus super Psalmos, 51, 17 et 54, 9 (CCSL 61, p. 104 et p. 146) ; etc. ; saint Grégoire de Nysse, In Canticum Canticorum, Oratio II (Gregorii Nysseni Opera, vol. 6, H. Langerbeck [éd.], Leiden, 1986, p. 61) ; Id., Antirrheticus adversus Apolinarium (Gregorii Nysseni Opera, vol. 3/1, F. Müller [éd.], Leiden, 1958, p. 152) ; saint Cyrille d’Alexandrie, In Joannis evangelium, I, ix (PG 73, col. 161-164) ; saint Léon le Grand, Tractactus 64, 3 et 72, 2 (CCSL 138A, p. 392 et p. 442-443).]. 
 
Il n’y a donc personne qui ne soit atteint par le mystère du Verbe fait chair. L’humanité (avec la création tout entière) a été objectivement transformée du fait même de l’incarnation, et objectivement sauvée par les souffrances, la mort et la résurrection du Christ [Certains Pères considéraient l’incarnation elle-même comme étant salvifique ; par exemple saint Cyrille d’Alexandrie, In Joannis evangelium, V, ii (Patrologia Græca, n°73, col. 753).]. 
 
Cependant, l’être humain doit s’approprier subjectivement ce salut objectif [Voir Actes 2, 37-38 ; 3, 19. ]. 
 
Cela se fait d’ordinaire par l’exercice personnel du libre arbitre qui consent à la grâce, avec ou sans le baptême sacramentel, chez les adultes ; ou, chez les petits enfants, par la réception du baptême sacramentel. 
 
Le cas des petits enfants non baptisés pose problème, précisément en raison du présupposé de l’absence d’exercice du libre arbitre de leur part. Leur situation soulève avec acuité la question de la relation entre le salut objectif acquis par le Christ et le péché originel, ainsi que la question de la signification exacte de l’expression conciliaire « quodammodo ».






14) Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Conseil Pontifical Cor Unum, Accueillir Jésus-Christ dans les réfugiés et les personnes déracinés de forceOrientations pastorales, Cité du Vatican, 2013, n° 14, p. 12.


14. En effet, par l’Incarnation, le Christ s’est en quelque sorte uni à chaque personne (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 618), que l’on en soit plus ou moins conscient.

Le Christ considérera comme fait à lui-même le type de traitement réservé à tout être humain, en particulier au plus petit d’entre eux : l’étranger (cf. Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction Erga migrantes caritas Christi, 3 mai 2004, n° 15).

Le Pape Jean-Paul II le rappela quand il remémora leur mission aux Membres du Conseil de la Commission Catholique Internationale pour les Migrations :


Aujourd’hui, je désire vous inviter à prendre toujours davantage conscience de votre mission : voir le Christ dans chaque frère et sœur dans le besoin, proclamer et défendre la dignité de chaque migrant, de chaque personne déplacée et de chaque réfugié. De cette façon, l’assistance apportée ne sera pas considérée comme une aumône due à la bonté de votre âme, mais comme un acte de justice qui leur est dû (Discours aux participants à la réunion de la Commission Catholique Internationale pour les Migrations (CCIM/ICMC) 2001, 12 novembre 2001, no 2 : O.R., édition hebdomadaire en langue française, 20 novembre 2001, 7.)


Telle est la vision qui guide l’Église en ce qu’elle fait en faveur des étrangers de notre époque, réfugiés, personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et toutes les personnes déracinées de force.