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dimanche 23 octobre 2011

Dette publique : les impôts des plus riches convertis en obligations d'État rémunérées par les contribuables, selon É. Verhaeghe.



 Il ne faut jamais perdre de vue que l’emprunt d’État a constitué pendant plusieurs décennies la Rolls des placements, puisqu’il est à l’abri des fluctuations du marché.

Dans une certaine mesure, on peut même relever que l’augmentation des liquidités depuis trente ans s’est accompagnée d’un endettement croissant des États.

Aucune étude ne prouve que nous avons collectivement fait le choix de nous endetter pour offrir des placements sûrs à l’aristocratie qui s’est enrichie grâce aux politiques de croissance financées par les contribuables.

En revanche, deux facteurs sont avérés : d’abord, les États ont massivement recouru aux marchés financiers pour couvrir leur déficits parce qu’ils éprouvaient aucune difficulté, jusqu’à la crise grecque, à y lever des fonds. Ensuite, l’importante levée de fonds par les États sur les marchés a permis de stabiliser un ensemble où les actions se sont révélées extrêmement aléatoires.

Certains affirment que les États ont financé par la dette les importantes réductions d’impôts qu’ils ont consenties aux revenus les plus élevés. Si ce phénomène est avéré, cela signifierait que s’est mis en place un système de ferme générale digne de l’Ancien régime. En effet, s’endetter pour baisser les impôts des revenus les plus élevés revient à transférer sur le petit contribuable le prix des obligations incombant au plus riches. Les réductions d’impôt au bénéfice des plus riches sont en effet essentiellement transformées en épargne, c'est-à-dire en achat d’emprunt d’Etat à taux garanti. 

On peut par exemple penser que lorsque Liliane Bettencourt reçoit un chèque de 30 millions d’euros du Trésor public au titre du bouclier fiscal, elle confie cette somme à son gestionnaire de fortune, qui s’en sert pour acheter des emprunts d’État. Si l’on songe que le bouclier fiscal est financé par la dette, on voit bien la malice qu’il comporte. En réalité, le bouclier fiscal transforme l’impôt de Mme Bettencourt en épargne rémunérée par les contribuables. Cette mécanique infernale est bien celle de la ferme générale sous Louis XVI, où des particuliers faisaient l’avance d’une somme à l’État et se remboursaient ensuite sur les petites gens. Et qu’est-ce, sinon faire une avance à l’État, que d’acheter les emprunts qu’il émet ?

Référence.

Éric Verhaeghe, Jusqu'ici tout va bien, « Énarque, membre du Medef, Président de l'Apec, je jette l'éponge ! », Éditions Jacob-Duvernet, janvier 2011, p. 174, cité par Anna.

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