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dimanche 24 février 2013

Les Français, les Anglais, et les Russes remis à leur place par un Allemand, en décembre 1918


L'auteur de ce texte est un Allemand répondant au correspondant, en Allemagne, de la revue La Réforme sociale, qui avait fait part de son indignation pour la prétendue « conduite abominable » des Allemands pendant la première guerre mondiale (1914-1918).

(...) Si, considérant l'extérieur, vous entendez par militarisme le fait de mettre notre puissance militaire au service de l'extension de notre domination et de notre influence, notamment de notre prétention d'organiser à notre profit les populations des Balkans et de la Turquie, le même reproche peut vous être adressé à propos de Madagascar, de la Tunisie de l'Algérie, du Maroc, de l'Indochine, etc., etc. et aux Anglais pour l'Inde et l’Égypte. La Russie, ou au moins le gouvernement du tsar, craignant de voir barrée par nous l'accès de la Méditerranée s'est mise en travers. Il est vrai que le peuple russe, mis en possession du pouvoir grâce à la Révolution, a déclaré que la question des Dardanelles et du débouché sur la Méditerranée le laissait indifférent et que seul le partage des terres méritait son attention. Ce sont des sages quoique peut-être un peu imprévoyants.

Maïs le gouvernement du tsar avait-il fait en cela, moins que nous, acte de militarisme, comme vous, en le soutenant ? Les Anglais, au moment de la révolte truquée d'Arabie, n'ont-ils pas également fait acte de militarisme en vous évinçant de l'Égypte, dont la possession leur est nécessaire pour leurs communications avec l'Inde. N'ont-ils pas encore fait acte de militarisme en sonnant le branle-bas de combat au moment de Fachoda qui, entre vos mains, coupait leur route du Cap au Caire ?

Le bruit court même, chez nous, que sur cette question de Constantinople, l'obstination du tsarisme à vouloir le garder pour la Russie, et votre soumission à cette prétention, nous ont été plus favorables que votre diplomatie ne le prévoyait. Elles nous auraient valu le concours du roi Ferdinand de Bulgarie, prêt à marcher avec vous, si vous aviez consenti à lui promettre de satisfaire l'ambition qu'il avait de se faire couronner empereur d'Occident sur les rives du Bosphore. Il avait même organisé, raconte-t-on, la jolie mise en scène de la reprise à Sainte-Sophie, en sa présence, de la fin de la messe que la légende dit avoir été interrompue par l'entrée à cheval de Mahomet II, dans la Basilique, le prêtre qui la disait ayant alors disparu dans la muraille, d'où tout était habilement préparé pour le faire ressortir à l'arrivée de Ferdinand. Au lieu de cela, Turc et Bulgare combattent ensemble avec nous, et notre empereur saura bien les accorder à la paix.

Je viens donc de démontrer qu'au point de vue intérieur l'armée ne tient pas en Allemagne, respectivement, plus de place que les autres compartiments de l'activité nationale : industrie, commerce, agriculture, science, etc. Au point de vue extérieur, pourquoi le fait de s'appuyer sur l'armée pour l'expansion nationale constituerait-elle chez nous, plus que chez les autres peuples, ce que vous appelez le militarisme ? Les canons de Gibraltar, de Malte, de Suez, d'Aden, de Singapour, de Hong-Kong, ne prouvent-ils pas un militarisme autrement réel et écrasant que ne le serait notre domination de Berlin au golfe Persique, ou que ne l'est votre mainmise sur l'Afrique du Nord, et, par suite, sur la Méditerranée occidentale ?

Vous nous reprochez aussi, et les Anglais avec vous, des infractions aux lois internationales, aux traités, enfin vous nous accusez de ne respecter aucun engagement, et vous nous appelez barbares. Je reconnais que nous avons proclamé que nécessité fait loi, et que pour nous la fin, qui est la victoire, justifie les moyens. Mais, je prétends que vous n'êtes pas qualifiés pour incriminer ces procédés.

Sans parler de la comédie des Kroumirs, par laquelle vous avez cru légitimer l'expédition de Tunisie, ni de la façon désinvolte dont vous avez traité le Concordat avec la papauté, comme un chiffon de papier, en 1792, quand un grand parti, chez vous, voulait à tout prix la victoire, qu'a fait Danton, son chef, au mois de septembre ? Il a organisé le massacre, sans jugement, de 6 000 prisonniers, détenus dans les prisons de Paris, et institué le régime de la Terreur, auquel nos troupes ont eu quelquefois recours, pour assurer leur sécurité dans les régions qu'elles occupaient. Comment justifier celte sauvagerie de Danton autrement que par la nécessité d'assurer le triomphe de son parti ? Non seulement vous l'avez absous, mais vous lui avez élevé une statue sur vos places publiques, en exemple aux générations à venir, non loin de cette abbaye où avaient péri le plus grand nombre de ses victimes. Maintenant nous dirons comme Cicéron : Quis tulerit Graccos de seditione quærentes

Robert Peel (1788-1850)
Pour répondre aux Anglais, je n'ai qu'à emprunter le langage d'un Français de marque, M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville (dont le fils a été ambassadeur à Londres sous la République). Dans ses Esquisses et Portraits (Léautey, éditeur, 1845, 2e édit., vol. 111, p. 219), il dit, dans son portrait de sir Robert Peel : 

« Le but justifie tout aux yeux de sir Robert Peel ; et il est loyal à la manière de tous ceux qui, en Angleterre, arrivent successivement au pouvoir, c'est-à-dire que l'intérêt du pays, ou la nécessité leur paraissent la loi suprême, et le monde une mine que l'Angleterre est toujours en droit d'exploiter. (...) Il semble que dans ce pays (...), tout soit fiction, depuis la Royauté, jusqu'à la bonne foi, que se doivent les nations entre elles.  Là tout homme politique, wigh ou tory, n'a qu'un but, en arrivant au pouvoir : acheter le monde, et le corrompre, pour l'asservir, enrichir l'Angleterre, et la faire prospérer aux dépens de tous les autres pays. Pour penser et agir autrement, il faudrait cesser d'être Anglais, et sir Robert Peel l'est avant tout. » 

Référence

« Un document », dans La Réforme sociale, 8e série, tome VI, (tome LXXVI col.), 1er décembre 1918, p. 443.

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