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vendredi 28 septembre 2012

La mère doit allaiter son nouveau-né, 1892

 
En 1892, Le livre de la famille conseille très vivement l'allaitement maternel. Les arguments utilisés sont souvent repris de nos jours, même si certains d'entre eux paraissent désormais étranges... Il ne faut pas régler les repas du nourrisson dès les premiers jours, donner une chance à la fréquente succion si le sein paraît tari, et surtout éviter de nourrir l'enfant la nuit. La mère qui allaite (environs pendant un an et huit mois) doit éviter toute émotion forte et tous les excès, en terme de nourriture (la bière est permise), d'heures de coucher, de sortie, et s'interdire, entre autres, les lectures romanesques et les rapports sexuels...

 L'enfant ne s'étant nourri, pendant les neuf mois de la  gestation, que du sang et de la chair de la femme qui l'a  conçu, il en résulte que le nouveau-né et sa mère se sont tellement identifiés qu'ils ne forment, pour ainsi dire, qu'un  seul corps. Les séparer immédiatement c'est un fait anti-naturel. Après sa naissance, l'enfant a besoin de se développer par sa mère, et de tirer d'elle tout ce qui doit achever  l'ouvrage encore incomplet de la création. L'allaitement par  la mère est seul susceptible d'achever heureusement l’œuvre  de la reproduction.  

Après avoir mis son enfant au monde,  la mère doit donc rester, pendant longtemps, en communication matérielle et morale avec lui, afin de compléter ce  que la nature exige. Pour être entièrement mère, il faut  qu'une femme allaite son enfant.  

Le faire élever par une  nourrice c'est lui introduire dans les veines un sang étranger pouvant receler des principes de maladies congénitales  (épilepsie, scrofules, tubercules, syphilis, etc.). Voilà les  inconvénients physiques.  

Quant aux inconvénients moraux, ils sont encore plus graves : la nourrice peut puissamment  modifier le tempérament et le caractère de l'enfant en lui  inculquant des penchants vicieux. 

Il y a donc des dangers  innombrables à faire allaiter son enfant par une étrangère.

Si les enfants des villes sont souvent débiles, frêles, estropiés, maladifs et mauvais sujets, c'est parce qu'ils n'ont pas tété le lait de leurs mères.

Le nouveau-né, livré à une nourrice, est un germe arrêté dans son évolution qui se trouve naturellement interrompue. Il devient, pour ainsi dire, un bâtard. C'est, pour lui, une vie nouvelle et la négation originelle. L'allaitement étranger est une cause de dégénérescence.

Du reste, la mère qui ne nourrit pas s'expose à de graves dangers : dans le présent, elle est sujette à la fièvre de l'enfantement et à l'inflammation de l'abdomen. Dans l'avenir, elle est sujette à la perte des cheveux, des dents et de la mémoire. Enfin, des maux de nerfs et d'estomac, des affections de la poitrine et de la matrice, des cancers aux seins et à l'utérus peuvent atteindre la mère parjure, qui, par coquetterie ou par paresse, n'a pas nourri son enfant.

L'allaitement par la mère est donc indispensable. Il est en même temps une sainte obligation. C'est le vœu de la nature. La vraie mère est celle qui nourrit, non celle qui enfante. L'instinct et la raison ont prescrit à la femme d'allaiter son enfant. Il faut que la mère se conforme à cette prescription si elle veut que son fils vive, grandisse et soit exempt de maladies physiques et d'imperfections morales.

Le lait de la mère se trouve approprié par la nature à la délicatesse des organes de l'enfant, et il acquiert successivement des propriétés qui sont en harmonie et en convenances parfaites avec les besoins du nouveau-né.  

Le premier lait purge l'enfant en facilitant l'évacuation des humeurs accumulées dans le gros intestin pendant la gestation. Ensuite, le lait de la mère devient d'autant plus nutritif que les forces du nouveau-né augmentent.  

En un mot, l'allaitement par la mère est quelle que soit la position de fortune de la famille une obligation absolue. Tous les médecins, tous les moralistes, tous les philosophes de tous les siècles et de tous les pays recommandent aux mères de nourrir leurs enfants. Le lait, les soins, la sollicitude de la mère ne peuvent se remplacer.

Le nouveau-né s'attache instinctivement au sein de sa mère. Elle peut sans inconvénients le lui offrir quelques heures après la naissance, et alors qu'elle est un pou reposée des fatigues de l'accouchement. Avant de le lui donner, elle aura soin de nettoyer le mamelon. Si l'enfant hésite à le prendre, elle fera jaillir un peu de lait jusqu'à sa bouche. Pour lui rendre la succion facile, elle comprimera légèrement le sein. Pendant que l'enfant tête, il faut que la mère veille à ce qu'il n'ait pas le visage trop appliqué au sein. Cette position l'empêche de respirer par le nez, et le force à quitter le mamelon pour respirer avec la bouche.

Quelques accoucheurs prétendent qu'il est avantageux de régler, dès le premier jour, l'heure des repas du nouveau-né. D'autres, bien plus nombreux, recommandent de n'arriver à cette régularité que progressivement. C'est l'avis de ces derniers qui nous paraît préférable : l'estomac de l'enfant qui vient de naître est trop faible et trop délicat pour supporter, sans inconvénients, une règle quelconque.

Donc, pendant les deux ou trois premiers jours (selon la constitution de l'enfant), la nourrice donnera souvent à téter, mais peu à la fois.

Les jours suivants, on espacera peu à peu les téteries sans pourtant trop les éloigner, car, pendant les premières semaines, l'estomac de l'enfant travaille beaucoup et a grand besoin d'avoir toujours quelque chose de léger à dévorer. Si on tardait trop à satisfaire son appétit, l'enfant — obéissant à l'instinct engloutirait avec trop de précipitation, ce qui est nuisible, même aux adultes. On ne réglera les repas que quand l'enfant aura pris un peu de force. Ainsi, vers les deux mois, on arrivera progressivement à ne lui donner le sein que toutes les deux heures environ. À quatre mois, on mettra un intervalle de trois heures. (...)

Il est reconnu qu'une mère avec une constitution frêle en apparence peut être une excellente nourrice pour son enfant, sans nuire à sa propre santé. La qualité et la quantité du lait s'améliorant petit à petit, ne pas s'alarmer de son manque d'abondance ou de sa faiblesse au début de l'allaitement. La succion répétée détermine la formation du lait.
 
Donc que la jeune mère, dont le sein paraît tari, donne souvent à téter à son enfant et le lait viendra peu à peu. On a même vu des jeunes filles vierges avoir du lait après avoir exposé leur sein à une fréquente succion, et avoir entretenu ainsi la sécrétion lactée.


III

Hygiène de la nourrice

La femme qui allaite, a grand besoin de s'observer. Il faut qu'elle évite toute émotion. On a vu souvent des enfants bien portants mourir aussitôt après avoir tété le lait d'une femme surexcitée, comme s'ils avaient avalé un poison violent. 

L'identification de la mère et de l'enfant nous l'avons déjà dit est incontestable. Toutes les substances prises par la mère arrivent à son fils en passant par le lait. Quand le nourrisson est malade c'est la nourrice que l'on soumet au traitement.  

Donc, la mère ne doit manger que ce qui ne peut faire aucun mal à l'enfant : elle doit manger pour lui et non pour elle. Certains aliments de son goût peuvent être très nuisibles à son enfant. Elle doit bannir de sa nourriture les épices, les assaisonnements relevés, les vieux fromages, les salaisons, le chocolat, le vin pur. La soupe et les lentilles sont pour elle de bons aliments. Elle doit préférer les viandes rôties aux bouillies, aux ragoûts et aux viandes fumées. Elle ne prendra ni café ni liqueurs, mais elle pourra boire de la bière.  

Elle s'interdira les veilles prolongées, les spectacles, les lectures romanesques, les rapports conjugaux et prendra souvent des bains simples.  

Comme elle a besoin de sommeil pour fabriquer du bon lait, elle ne donnera le sein la nuit que lorsqu'elle ne pourra réellement faire autrement. Il est nécessaire d'habituer l'enfant en forces a ne pas téter la nuit.
 
En un mot, la femme qui allaite doit éviter tout excès, tout écart, toute intempérance.

La durée naturelle de l'allaitement peut être fixée à vingt mois environ.  


Référence

Le livre de la famille : les personnes et les choses, savoir-vivre et savoir-faire, morale, éducation, économie domestique, hygiène, soins aux enfants, etc., Seguin frères, Avignon, 1892, p. 139 sq.

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