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samedi 11 mars 2017

La condamnation du tango par divers évêques français, 1914


Léon-Adolphe Amette (1850-1920)
La Semaine religieuse du diocèse de Dijon publiera demain [11 janvier 1914] un mandement par lequel l’évêque de Dijon [Jacques Louis Monestès] condamne en termes sévères le tango, qu'il qualifie de « mode empruntée aux vachers de Buenos-Ayres ».

Nous nous élevons contre cette danse, ajoute le prélat, au nom de la dignité humaine, de la morale et de la religion. Ces abus sont réprouvés déjà par la bonne société des divers pays. Nous avons la ferme assurance qu'ils ne seront, pas acceptés par les familles sérieuses de la Côte-d'Or.

La Semaine religieuse du diocèse d'Arras publiera également demain un mandement de l'évêque d'Arras [Émile-Louis-Cornil Lobbedey], condamnant le tango comme un divertissement dangereux, interdit aux fidèles.

Mgr Chesnelong, archevêque dé Sens, interdit aussi le tango à ses fidèles.

Un avis publié dans la Semaine religieuse de Sens et d'Auxerre estime que cette danse est redoutable aux âmes chrétiennes.

Référence

« Le tango interdit », dans Le Figaro, 60e année, 3e série, n°10, samedi 10 janvier 2014, p. 4.


Nous avons publié, hier, les notes des évêques de Dijon, d'Arras et d'Auxerre prohibant le Tango.

Mgr Amette publie à son tour, dans la Semaine religieuse de Paris, la note officielle suivante :

À plusieurs reprises, dans nos Congrès et par l'organe de notre Comité diocésain, nous avons recommandé aux fidèles de réagir énergiquement contre les modes indécentes et contre les danses inconvenantes. Les abus qui se continuent nous obligent à insister de nouveau sur ce grave devoir.

Nous rappelons à nos diocésaines qu'elles doivent observer toujours dans leur mise les règles de la modestie chrétienne, qui sont trop souvent violées même à l'église, spécialement dans les cérémonies de mariage. Nous demandons aux femmes chrétiennes de se liguer pour abolir l'usage de certaines formes de vêtements contraires à la décence.

Nous condamnons la danse, d'importation étrangère, connue sous le nom de « tango », qui est, de sa nature, lascive et offensante pour la morale. Les personnes chrétiennes ne peuvent, en conscience, y prendre part.

Les confesseurs devront agir en conséquence dans l'administration du sacrement de Pénitence.

De Rome, relevant les approbations données par le Popolo Romano aux avertissements contenus dans la Semaine religieuse de Paris, contre les danses et costumes inconvenants, l'Osservatore Romano dit :

Nous applaudissons aux paroles et aux vœux de notre confrère, en associant notre voix aux protestations qui, de tontes parts, s'élèvent contre de telles indécences.

Référence

« L'interdiction du tango », dans Le Figaro, 60e année, 3e série, n°11, dimanche 11 janvier 2014, p. 4.


(…) J'ai été, ce matin à l’archevêché, rue de Bourgogne. L’abbé Gouget, fort aimablement, m’a renseigné :

Monseigneur avait été, depuis quelque temps, ému par la vogue persistante de cette danse, qu’il avait tout-de suite jugée inconvenante, mais dont il croyait l'engouement passager dans le monde. À plusieurs reprises, il exprima le vœu à la commission des congrès diocésains « que les familles catholiques réagissent énergiquement, contre l'usage des modes indécentes et celui des danses inconvenantes. »

Devant les abus croissants, Son Éminence a cru devoir intervenir de façon plus formelle et le numéro de la Semaine Religieuse de demain [11 janvier 1914] contiendra un avertissement officiel à ce sujet. C’est tout ce que je puis vous dire pour le moment.

(…)

Référence

Émile Deflin, « Mgr Amette, archevêque de Paris, condamne le tango ''pour sa nature lascive et offensante pour la morale'' », dans L'intransigeant, 34e année, n°12232, samedi 10 janvier 1914, p. 1.

vendredi 10 mars 2017

Mandement sur les modes immodestes, Raymond-Marie Rouleau, 1930


Raymond-Marie Rouleau (1866-1931)
Frère Raymond Marie Rouleau, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Cardinal-Prêtre de la Sainte Église Romaine du titre de Saint-Pierre in Montorio, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Siège Apostolique Archevêque de Québec.

Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses et aux fidèles de Notre diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.

Nos très chers Frères,

Dès l'origine de l’Église, l'apôtre saint Paul rappelait aux chrétiens de son temps le grand devoir de la modestie : « Je veux, dit-il, que les femmes avec une tenue décente se parent honnêtement et sagement, non pas de vêtements coûteux, mais de bonnes œuvres, comme il sied à des femmes qui professent la crainte de Dieu. » « Mulieres in habita ornato cum verecundia et sobrietate ornantes se, etc. » (1 Tim. 2, 9). Cette direction de la première heure établissait pour toujours une distinction manifeste entre les disciples du Christ et les sectateurs des fausses divinités.

Aux fidèles elle enseignait à fuir les recherches et les extravagances du luxe pour observer dans l'habillement la mesure indiquée par une raison droite et prescrite par l'idéal de perfection apporté par le Christianisme. Si les excès dans la toilette et l'attache désordonnée à ces vanités sont une cause de péché et un principe de corruption sociale, la modestie qui s'accompagne d'humilité, de modération et de simplicité, est une source de vertus en même temps qu'un modèle achevé de bon goût et d'élégante distinction.

Au cours des siècles, l'écho des paroles inspirées de l'Apôtre a retenti sur les lèvres des Pontifes protestant contre le luxe déshonnête des femmes et les dangers qu'il entraîne. N'ont -ils pas répété, avec l'Esprit-Saint, que la femme forte, si elle se couvre de pourpre et de lin, est avant tout ornée d'une parure morale supérieure à ses vêtements d'apparat, puisqu'elle est revêtue de force et de mystique beauté. « Fortitudo et decor indumentum ejus [La force et la grâce sont sa parure] » (Prov. 31, 25).

À leur tour les plus grands docteurs ont enseigné qu'une parure sobre et modérée n'est point interdite aux femmes, mais que les habits doivent être les gardiens de la pudeur.

Ce qui est donc proscrit, ce sont les ornements superflus, sans retenue, qui sont portés par un coupable désir de plaire. (S. Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa IIae, question 169).

« Ce qui était pour la nécessité, le monde l'a fait servir à la luxure », déclare hardiment saint Jean Chrysostome. Que de fois un saint Cyprien, un saint Ambroise, un saint Augustin n'ont-ils pas dénoncé les vêtements immodestes qui livrent les âmes aux étreintes du démon !

« L'idole de la vaine gloire et la passion du plaisir, voilà ce qui ruine la modestie et entraîne à l'impureté », s'écrie Bossuet.

À ces causes perpétuelles de corruption s'ajoute de nos jours, à la suite de la grande guerre, la frénésie des jouissances qui a enfiévré le monde. Il en est résulté un honteux déséquilibre des âmes, lequel a été encore aggravé par l'audace des modes féminines.

Ne dirait-on pas qu'une conjuration des forces du mal s'est appliquée à introduire insolemment dans la société chrétienne les mœurs profanes et les habitudes voluptueuses ? Hélas ! elles ont recruté trop de malheureuses victimes !

Il semble même que l'on ait parfois tenté de concilier ce qui est inconciliable : l'esprit du Christ et l'esprit de Satan. Quel lamentable spectacle pour des âmes vivant leur foi que le mélange sacrilège de pratiques pieuses et d'actes scandaleux qui s'étalait à leur regard ! Des chrétiennes, convives du Christ, le matin, à la Table sainte, s'affichaient, le soir, en esclaves du démon au théâtre et dans les réunions mondaines. Oublieuses de leurs engagements sacrés, elles obéissaient servilement aux maximes des ennemis de la Croix du Christ.

Si grand a été le mal que les Papes ont dû à plusieurs reprises dénoncer ces habitudes païennes et réprouver avec vigueur le scandale des vêtements adoptés par un grand nombre de femmes baptisées. Benoît XV écrivait « qu'il ne suffit pas à la femme d'être honnête et vertueuse, mais qu'elle doit encore le paraître dans sa toilette. »

Comme son prédécesseur, le Souverain Pontife glorieusement régnant [Pie XI] a redit avec insistance aux mères et aux jeunes filles catholiques les préceptes de la morale de l’Évangile.

Enfin, une Instruction de la Sacrée Congrégation du Concile a été adressée dernièrement à tous les évêques de l'univers au sujet des modes indécentes. Nous vous en communiquons de nouveau aujourd'hui la teneur, Nos Très chers Frères.

Chargée de maintenir la discipline dans le peuple fidèle, cette Congrégation romaine rappelle d'abord les règles fondamentales de la modestie et les efforts énergiques de Sa Sainteté Pie XI pour combattre la licence des habits féminins. Puis, au nom du Saint-Siège, elle exhorte les pasteurs, les prédicateurs, les parents et les éducateurs à lutter d'un commun effort contre l'indécence des toilettes, jusqu'à ce qu'une conception plus chrétienne ait réformé les mœurs et fait disparaître les égarements que nous déplorons de nos jours. L'Instruction indique enfin les sanctions à prendre dans les cas qui les exigeront.

Le document pontifical prescrit donc aux curés et aux missionnaires de saisir toutes les occasions favorables d'avertir les femmes de la grave obligation qu'elles ont de ne porter que des vêtements modestes, et de renoncer à ces déshabillés aussi nuisibles à la santé du corps que funestes à la vertu des âmes (N° I).

En effet, n'ont-elles pas le devoir impérieux de fuir ces modes meurtrières, causes de tant de maladies souvent incurables, et de favoriser par une irréprochable tenue l'honnêteté des mœurs publiques ?

Que les prédicateurs exposent avec puissance et clarté à leurs auditoires que les femmes sous prétexte d'élégance ne peuvent ni ruiner leurs forces, ni devenir une occasion de péché pour leur prochain ; qu'il y a telles mises extérieures qui sont vraiment provocantes, encore que celles qui les portent ne s'en rendent pas un compte bien exact.

Mais averties avec autorité par la hiérarchie des pasteurs, depuis le Pape jusqu'au plus humble prêtre, elles ne pourront invoquer comme excuse de leur conduite l'ignorance des péchés qu'elles font commettre.

Qu'elles sachent donc que le monde entier est sous la domination du Mauvais, et que par suite des engagements de leur baptême, elles ne peuvent favoriser son règne sans renier de solennelles promesses faites à la face du ciel et de la terre. Par conséquent, personne, quel que soit son sexe ou sa condition, ne peut, en semant le scandale, restreindre le règne de Jésus-Christ et étendre celui du démon.

Or, une longue expérience enseigne à l’Église que parmi les moyens d'attirer les hommes au péché et de causer leur ruine spirituelle, il faut placer les vêtements indécents.

Que si l'on demande en quoi consiste un habit modeste et décent pour une chrétienne, on comprendra que c'est celui qui couvre la poitrine et les bras d'étoffes non transparentes, qui descend au moins à mi-jambe, et dont la coupe d'une ampleur convenable protège la pudeur en dissimulant les lignes du corps.

Selon l'expression de Bossuet : « Il doit cacher fidèlement ce qu'il ne doit pas laisser paraître. » Ainsi, un vêtement qui par sa nature, ou dans la pensée de qui le porte, provoque les passions mauvaises, est un vêtement immodeste et doit être mis de côté par toute personne qui fait profession d'être disciple de Jésus-Christ.

De plus, l'Instruction pontificale demande que les prédicateurs rappellent ces points de doctrine en toutes les circonstances opportunes, spécialement à l'occasion des fêtes de la Très Sainte Vierge Marie ou des réunions des sociétés pieuses, comme celles des Dames de Sainte Anne, des Enfants de Marie ou des Tertiaires.

Une prescription spéciale regarde la fête de l' Immaculée-Conception. En cette solennité les prêtres insisteront d'une façon toute particulière pour inculquer au peuple l'amour de la modestie chrétienne. Afin d'obtenir cette grâce de la bonté de Dieu par la médiation de la Vierge bénie, dans toutes les églises et chapelles du diocèse, après la messe principale on récitera les litanies de la Sainte Vierge, dites litanies de Lorette, et à la bénédiction du Très Saint Sacrement on chantera l'antienne Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in Te.

Une autre recommandation est adressée aux pasteurs. Ils n'omettront pas d'éclairer les pères et mères de famille sur le devoir qui leur incombe d'interdire à leurs filles de porter des vêtements qui ne sont pas convenables (N° I).

Le clergé ne peut être seul à combattre l'indécence des costumes modernes. Les parents ont aussi la très sérieuse obligation de donner à leurs enfants une solide éducation morale et religieuse. À eux de faire en sorte que dès leur bas âge, les filles en particulier reçoivent l'empreinte profonde de l'enseignement chrétien.

N'est-il pas déplorable que des fillettes, par le port de robes trop courtes, soient comme habituées inconsciemment aux livrées de l'immodestie, et toutes préparées à devenir les esclaves des modes perverses !

Par vos paroles et vos exemples, parents chrétiens, engagez vos enfants au respect de la pudeur et à l'amour de la chasteté. Vos belles familles, efforcez-vous de les gouverner à l'imitation de la sainte Famille de Nazareth. En tous vos actes présentez à vos fils un modèle vivant et efficace des vertus qui sont l'ornement d'un baptisé (N° II).

Les parents éloigneront leurs filles des exercices et des concours publics de gymnastique. Le développement du corps et de la santé ne va pas jusqu'à autoriser ces dangereuses exhibitions (N° III).

Quant aux supérieures de nos institutions enseignantes, aux directrices d'écoles et à toutes les personnes qui président à l'éducation des filles, elles devront amener les enfants qui leur sont confiées à aimer et à pratiquer les règles de la modestie chrétienne dans le vêtement (N° IV).

Les religieuses ne pourront admettre ni tolérer dans leurs maisons, leurs classes, leurs oratoires et leurs salles de récréation, des élèves qui ne porteraient pas un costume décent. Que ces pieuses maîtresses s'efforcent de développer chez ces enfants le culte et le goût de la sainte pudeur (N° VI).

La Sacrée Congrégation du Concile demande aussi de créer ou de perfectionner de pieuses associations de femmes dont le but moralisateur sera spécialement de lutter par la parole, l'exemple et l'action opportune, contre les répugnants abus introduits dans l'habillement des femmes, et de promouvoir avec la décence du costume la pureté des mœurs (N° VII).

Déjà parmi nous, N. T. C. F. [Nos très chers frères], la Ligue Catholique Féminine s'est occupée très efficacement de combattre le fléau des modes honteuses et de favoriser la modestie dans la mise extérieure. Ces cercles existent et accomplissent un travail méritoire autant qu'actif dans un bon nombre de paroisses. Il est à désirer qu'ils se multiplient dans tous les milieux où ils pourront exercer une salutaire influence : c'est dire que partout cette croisade de salubrité publique doit être organisée.

Le Conseil de Vigilance du diocèse, établi selon les prescriptions de l'Encyclique Pascendi, devra désormais se réunir au moins une fois chaque année. Pas n'est besoin qu'une dénonciation lui ait été explicitement adressée, mais de lui-même, par exemple à l'époque de la première retraite ecclésiastique, il délibérera spécialement sur les moyens les plus aptes à promouvoir chez les femmes la modestie dans les vêtements (N° XI).

Enfin, dans le but d'assurer à ces mesures salutaires un résultat plus certain, chaque évêque adressera tous les trois ans à la susdite Congrégation du Concile un rapport sur la façon dont les femmes sont vêtues dans son diocèse, et sur les dispositions prises pour assurer l'accomplissement de la présente Instruction. Ce rapport sera joint à celui qui est prescrit par le Motu proprio Orbem Catholicum, du 21 juin 1923, sur l'instruction religieuse des fidèles (N° XII).

Voici maintenant les sanctions précises portées par la Sacrée Congrégation contre les personnes qui n'obéiraient pas aux directions plus haut énumérées.

Dans les écoles, couvents et maisons d'éducation pour jeunes filles, les directrices, maîtresses ainsi que les religieuses ne recevront que des enfants honnêtement vêtues. Les élèves qui ne se conformeraient pas à ces règles seront renvoyées. Même les mères de ces enfants ne seront admises dans ces établissements que si elles portent une toilette décente (N° V).

Dans les pieuses associations de femmes on n'admettra que des personnes habillées selon les exigences de la modestie chrétienne. Si quelques membres manquaient à leurs devoirs, après avertissement infructueux, on les renverrait de l'association (N° VIII).

Les personnes du sexe qui ne porteraient pas un costume conforme aux règles de l'honnêteté, seront privées de la Sainte Communion, du droit d'être marraines dans les sacrements de Baptême et de Confirmation. Si le cas le comporte on leur interdira même l'entrée de l'église (N° IX).

Ces graves avertissements nous disent assez haut, N. T. C. F., l'estime de la sainte Église de Dieu pour la délicate vertu de modestie, et ses maternelles alarmes à la vue des dangers qui la menacent.

Nous n'en doutons pas, votre filiale piété envers le Père commun de nos âmes, non moins que le sentiment surnaturel de votre devoir, éveillé sur ce point de discipline morale, vous engageront tous à vous conformer avec une édifiante fidélité aux préceptes qui nous rappellent des obligations parfois oubliées ou négligées, mais toujours existantes.

Pasteurs et prédicateurs, pères et mères de famille, jeunes personnes et éducatrices, tous, d'un commun effort travailleront à faire disparaître un genre détestable de vêtement. Selon le conseil de saint Paul, nous qui avons été baptisés dans le Christ, nous devons revêtir le Christ et mépriser les désirs de la chair : ''Induimini Dominum Jesum Christum et carnis curam ne feceritis in desidenis" (Rom. 13, 14).

Qu'est-ce donc que revêtir le Christ, si ce n'est imiter le Christ dans ses pensées, ses paroles et ses actions ? De même que le vêtement n'offre aux regards que sa forme et sa couleur, et enveloppe le corps qui disparaît sous ses plis, ainsi le vrai croyant, revêtu du Christ, ne présente plus à ses frères que des actes qui reflètent la beauté morale de son Maître et de son Rédempteur.

Trêve donc de prétextes plus ou moins spécieux pour légitimer des usages que réprouve la conscience d'un catholique éclairé. Que l'on ait la fierté de s'arracher à la tyrannie des modes malsaines ; que l'on ait le courage d'exiger des couturiers et des fournisseurs des modèles qui respectent à la fois la vertu et le bon goût.

À ce régime les âmes croîtront en grâce et en mérite. Notre peuple, fidèle à la loi de Dieu, grandira dans une atmosphère de lumière et de pureté capable de favoriser l'épanouissement des qualités que lui a prodiguées la munificence de l’Éternel.

Si l'on invoque pour persévérer dans le désordre dénoncé avec tant d'énergie, un certain souci de vogue ou de beauté ou encore des préoccupations financières, nous ne pouvons oublier qu'aucun progrès artistique ou matériel ne peut être une compensation suffisante pour le mal opéré par la décadence des mœurs.

Sous un vernis plus ou moins brillant se cache alors le ver rongeur qui prépare la ruine prochaine des races amollies. Aux nations les plus vaillantes cette civilisation mensongère enlève rapidement les austères vertus qui sont le généreux ferment de leur force et de leur grandeur.

De ce malheur Dieu préserve un peuple auquel II a témoigné tant de miséricorde, et qui Lui doit de demeurer à jamais dans son amour par l'observance de ses commandements ! Tel est le souhait qui s'échappe de Notre cœur pour Nos très chers Diocésains à rapproche des solennités de Noël et du Nouvel An, et que Nous confions aux bénédictions du doux Enfant, Sauveur du monde.

Sera le présent mandement lu le premier dimanche après sa réception, dans toutes les églises du diocèse et en chapitre dans les communautés religieuses.

Donné à Québec, sous Notre seing et le sceau du diocèse, en la fête de l'Immaculée-Conception, le huitième jour de décembre mil neuf cent trente.


+ Fr.[ère] Raymond Marie Card.[inal] Rouleau, o. p.,  
Archev.[êque] de Québec.

Par mandement de Son Éminence,

Jules Laberge, ptre. [prêtre], chanc.[elier]

Référence

Frère Raymond-Marie Rouleau, archevêque de Québec, « Sur les modes indécentes », mandement du 8 décembre 1930, paru dans Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, Supplément n°36, p. 41, 9e vol. de la nouvelle série, 13e vol. de la collection, Québec, 1925.

L'immodestie des toilettes féminines, Mgr Rouleau, 1930


Raymond-Marie Rouleau (1866-1931)
Nous vous communiquons aujourd'hui la récente Instruction de la Sacrée Congrégation du Concile sur les modes indécentes. Vous voudrez bien en donner lecture en chaire et au besoin y ajouter quelques explications afin de faire comprendre aux fidèles la gravité de cette direction pontificale.

À plusieurs reprises déjà les Souverains Pontifes, spécialement Benoît XV et Pie XI, ont dénoncé l'immodestie des toilettes féminines. Ils ont rappelé que la femme, par la coupe de ses vêtements et la légèreté des tissus qui la couvrent, peut être une occasion prochaine de péché pour son prochain. Vous pourrez vous inspirer de ces documents pontificaux pour réagir contre une déplorable habitude, incompatible avec les mœurs chrétiennes.

Le moment est favorable pour introduire dans votre paroisse, si elle n'existe déjà, ou du moins pour promouvoir la Ligue de la Modestie Chrétienne, et lui donner un nouvel essor dans votre milieu.

[Ici le texte reprend l'Instruction aux Ordinaires diocésains sur les modes féminines indécentes, donnée par la Sacrée Congrégation du Concile, le 12 janvier 1930.]

Afin de déterminer d'une façon précise ce qui peut être considéré comme une mise inconvenante, méritant d'écarter de la sainte Table la personne qui la porterait, Nous empruntons la règle suivante à la lettre de Son Éminence le Cardinal-Vicaire [Basilio Pompilj], adressée, le 24 septembre 1928, à toutes les supérieures des pensionnats et patronages de jeunes filles dans la ville de Rome :

L'on ne peut considérer comme étant décent un vêtement dont le décolletage dépasse la largeur de deux doigts au-dessous de la naissance du cou ; un vêtement dont les manches ne descendent pas au moins jusqu'aux coudes et qui descend à peine au-dessous des genoux. Indécents également les habits d'étoffes transparents, etc. (1)

Nous espérons que toutes les femmes et jeunes filles de notre diocèse se feront un devoir de se conformer à ces dispositions et de donner l'exemple de la modestie chrétienne avec celui de la soumission aux volontés du Vicaire de Jésus-Christ.

Il va sans dire que les sanctions portées par la Sacrée Congrégation devront être appliquées avec autant de prudence que de fermeté, afin d'enrayer aussitôt et aussi efficacement que possible le fléau des toilettes immodestes.


Note

(1) « Affinché prevalga l’uniformità nella comprensione […], noi ricordiamo che per potersi dire decente, un abito non deve essere tagliato più sotto di due dita dalla base del collo; deve coprire le braccia almeno fino ai gomiti, e arrivare almeno un po’ sotto le ginocchia. Inoltre, vestiti di materiali trasparenti sono inappropriati ». Texte italien donné par Isidoro d'Anna, La forza della Verità. Un tesoro da riscoprire, Youcanprint Self-publishing, Tricase, Ialie, 2016, p. 152-153. L'auteur précise que la lettre fut rédigée « per ordine del Papa », « par ordre du pape ».


Référence

Frère Raymond-Marie Rouleau, archevêque de Québec, « Circulaire au clergé », partie n° I, 6 avril 1930, paru dans Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, Supplément n°33, p. 15, nouvelle série, volume 9, Québec, 1925.

Contre les modes contraires à la décence, Mgr Quillet et Mgr Marnas, 1924


Après avoir rappelé les éléments de l'article du 4 juillet 1924, l'auteur ajoute : 


Hector Raphaël Quillet (1859-1928)
(…) On se souvient aussi que Mgr Quilliet, évêque de Lille, a précisé que les fillettes doivent porter des robes descendant au-dessous du genou.

Enfin, la Semaine religieuse de Clermont publie ce communiqué de l'évêché :

L'indécence de plus en plus caractérisée d'une mode supprimant dans le costume des femmes les manches et augmentant le décolletage, le sans-gène avec lequel certaines personnes viennent à l'église dans une tenue indigne de chrétiennes et osent même parfois s'approcher de la sainte Table, nous obligent à faire publier par MM. les curés cet avertissement :

1° L'immodestie des vêtements partout et toujours répréhensible l'est particulièrement dans le saint lieu. C'est pourquoi toute personne se permettant d'y paraître avec une mise inconvenante s'exposerait à être invitée à sortir de l'église ;

2° Les sacrements devront être refusés aux femmes et aux jeunes filles qui se présenteraient au tribunal de la pénitence ou à la Table sainte dans un costume peu décent (corsage décolleté, manches insuffisamment longues, ne descendant pas au-dessous des coudes) ;

3° En ce qui concerne le refus de la sainte Eucharistie, le prêtre, sans faire aucune observation à la personne dont la tenue serait incorrecte, se contentera de passer devant elle sans lui donner la sainte Communion ;

4° Le curé d'une personne à laquelle les sacrements auraient été ainsi refusés et qui pourrait ensuite trouver l'occasion de lui donner une paternelle monition n'omettra point cet acte de charité.


J.-F. Marnas, évêque de Clermont (1859-1932)
Par ces citations, nos lecteurs et lectrices voient combien l’Église est émue de voir le paganisme des vêtements nous envahir.

Que dis-je ? ce n'est plus seulement du paganisme. Les habitants des pays non civilisés que la facilité des voyages amène en Europe, s'étonnent, avec raison, de voir notre civilisation se dévêtir à l'envi, tandis qu'au nom de la civilisation, on les invite à adopter, eux, l'usage des vêtements.

Insister est inutile, l'abus est absolument flagrant, le scandale éclatant. Nous ne prétendons certes pas être en état d'établir contre le torrent de l'indécence générale une digue efficace, mais nous supplions les famiiles chrétiennes de refuser de subir le joug de la tyrannie des modes indécentes.

Elles le doivent à Dieu.

Elles le doivent à Jésus-Christ qu'elles veulent recevoir d'ans l'Eucharistie.

Elles le doivent à la tradition chrétienne.

Elles le doivent à l'édification de la jeunesse.

Si on détruit la pudeur, on tombera dans le cloaque de la corruption.


Référence

Franc., « Contre les modes contraires à la décence », dans La Croix, 45e année, n° 12688, 24 juillet 1924, p. 1.

Source de l'image représentant Mgr Marnas.

jeudi 9 mars 2017

Communiqué de Mgr l'évêque de Tarbes et Lourdes contre les toilettes indécentes, 1924




Notre-Dame de Lourdes, 19 juin 1924,
Jeudi de la Fête-Dieu.

Depuis quelque temps déjà, S.[on] Ém.[inence] le cardinal Pompili [ou Pompilj], vicaire général de Sa Sainteté pour la Ville de Rome, a fait afficher aux portes des églises de la Ville Éternelle un très grave avertissement réprouvant l'indécence de certaines modes. Voici la traduction de ce document :

AVERTISSEMENT

La femme ne doit entrer dans la maison de Dieu que décemment vêtue d'un habit montant et la tête couverte, parce que l'immodestie des vêtements, partout et toujours répréhensible, offense tout particulièrement la sainteté des temples, interdit l'accès de la Table eucharistique et attire souvent de terribles châtiments de Dieu.

+ B.[asilio], cardinal Pompili,
vic.[aire] de Sa Sainteté pour la Ville de Rome

Sous le coup des mêmes préoccupations et pour assurer le respect dû aux églises et au Très Saint Sacrement, l'éminentissime cardinal La Fontaine, patriarche de Venise, a, de son côté, publié une ordonnance analogue, dont voici la traduction:

L'administration des sacrements
et la mode féminine

Les prêtres de notre diocèse auront remarqué que, depuis quelque temps, il s'est établi, dans le costume des femmes, une mode qui supprime les manches et augmente le décolletage.

Il convient, par suite, d'avertir les fidèles que les personnes qui oseraient venir à l'église avec des habillements de ce genre – (corsages décolletés, manches insuffisamment longues, ne descendant pas au-dessous du coude) – ne seront pas admises aux sacrements et pourront être invitées à quitter l'église.

Si donc une femme ou une jeune fille vêtue de cette façon se présentait à la sainte Table pour communier, tout prêtre devrait – sans d'ailleurs lui faire aucune observation directe – passer devant elle, sans lui donner la sainte communion.

Si le pasteur de cette personne pouvait ensuite trouver l'occasion de lui faire entendre un paternel avertissement, qu'il n'omette pas cet acte de charité.

+ P.[ietro], card.[inal] La Fontaine,
patriarche de Venise.

*

En voyant, à notre vive douleur, le débordement des abus auxquels cherchent a remédier les vénérés cardinaux Pompili et La Fontaine s'étendre de plus en plus et envahir même la cité des Apparitions, nous nous et oyons obligé à faire nôtres et à adopter comme ligne de conduite à suivre – dans tout notre diocèse, mais à Lourdes tout spécialement – les graves décisions prises et promulguées par ces deux illustres princes de l’Église.

François-Xavier Schoepfer (1843-1927), portrait par Jean Veber
En conséquence, si, dans notre diocèse de Tarbes et Lourdes, une personne contrevenant dans son costume aux susdites prescriptions venait à la sainte Table pour communier, tout prêtre – sans d'ailleurs lui adresser d'observation directe – devrait s'abstenir de lui donner la sainte communion.

En faisant ainsi écho aux défenses des éminentissimes cardinaux Pompili et La Fontaine, Nous nous inspirons aussi de l'exemple venu naguère de Notre Saint-Père le pape Pie XI lui-même, qui a formellement interdit de laisser paraître en sa présence « les dames ou les jeunes filles dont la robe ne serait pas absolument montante et les manches suffisamment longues ».

Nous croyons de plus, en ce qui concerne Lourdes, devoir ajouter que les personnes dont le costume serait contraire aux ordonnances ci-dessus reproduites doivent se considérer comme indignes d'être admises à entrer dans la Grotte miraculeuse, consacrée par les Apparitions de la Vierge immaculée.

Quant aux Enfants de Marie, même revêtues du voile blanc, et aux Noëlistes, elles ne pourront, dans tout notre diocèse, mais à Lourdes surtout, jouir du privilège d'avoir une place réservée dans les rangs des processions qu'à la condition absolue d'avoir, ainsi qu'il est de rigueur pour les audiences pontificales, au Vatican, « des corsages tout à fait montants et les bras recouverts par des manches de longueur normale ».

Ces mêmes règles Lourdes, observées par les dames et les jeunes filles qui, en qualité d'hospitalières ou d'infirmières, s'appliquent, avec un si admirable dévouement, au service des malades de nos Pèlerinages.

Nous Insistons tout particulièrement sur cette recommandation en proposant à ces dames, comme idéal de leur pieux ministère, d'unir à la pratique d'une charité au-dessus de tout éloge celle de la décence la plus délicate. Elles contribueront ainsi, et très efficacement, à faire de Lourdes, en quelque sorte, une prédication vivante, une école de la modestie, non moins que de la charité.

*

MM. les curés, aumôniers et vicaires donneront lecture aux fidèles qui sont confiés à leurs soins du présent communiqué, dont un exemplaire devra être affiché en permanence à l'entrée de chaque église et dans chaque sacristie.

+ Fr.[ançois]-Xavier [Schoepfer],
évêque de Tarbes et de Lourdes.

Référence

Mgr François-Xavier Schoepfer, « Communiqué de Mgr l'évêque de Tarbes et Lourdes contre les toilettes indécentes », dans La Croix, 45e année, n°12671, 4 juillet 1924, p. 1.

mercredi 8 mars 2017

Combattre les modes indécentes, Benoît XV, 1919


Le pape Benoît XV (1854-1922)
(…) Hâtons-Nous, au contraire, de Nous féliciter de la résolution qu'on vient de formuler : vous allez veiller à ce que la femme catholique se sente tenue non seulement d'être honnête, mais encore de prouver son honnêteté par la façon de se vêtir. Pareille résolution rappelle la nécessité pour la femme catholique de donner le bon exemple. 

Quel grave et urgent devoir de condamner les exagérations de-la mode! Nées de la corruption de ceux qui les lancent, comme le remarquait tout à l'heure la très digne présidente de l'Union des Femmes catholiques, ces toilettes inconvenantes sont, hélas ! un des ferments les plus puissants de la corruption générale des mœurs.

Nous croyons devoir insister d'une manière particulière sur ce point. Nous savons, d'une part, que certaines toilettes aujourd'hui admises chez les femmes sont funestes au bien de la société, car elles sont une funeste provocation au mal; et, d'autre part, Nous sommes rempli d'étonnement, de stupeur, en voyant que celles qui versent le poison semblent en méconnaître les funestes effets, que l'incendiaire qui met le feu à la maison semble en ignorer la puissance de dévastation. 

L'ignorance peut seule expliquer la déplorable extension prise de nos jours par une mode si contraire à la modestie, le plus bel ornement de la femme chrétienne ; mieux éclairée, il Nous semble qu'une femme n'eût jamais pu arriver à cet excès de porter une toilette indécente jusque dans le lieu saint, sous les regards des maîtres naturels et les plus autorisés de la morale chrétienne.

Aussi, avec quelle satisfaction approuvons-Nous que les adhérentes de l'Union des Femmes catholiques aient inscrit dans leur programme la résolution de se montrer honnêtes même dans leur mise. Par cet engagement elles remplissent le devoir strict de ne pas donner le scandale et de ne pas être pour autrui une pierre d'achoppement dans le chemin de la vertu ; elles témoignent, de plus, avoir compris que, leur mission ayant pris une large étendue dans la société, il leur incombe de donner le bon exemple non plus seulement entre les murs du foyer domestique, mais encore dans les rues et sur les places publiques. Il importe que les femmes catholiques acceptent en toute logique cet important devoir : il leur impose, outre des obligations individuelles, une mission sociale.

Aussi désirons-Nous que les nombreuses adhérentes de l'Union des Femmes catholiques aujourd'hui réunies en Notre présence forment entre elles une ligue pour combattre les modes indécentes, non pas seulement en ce qui les concerne, mais encore chez toutes les personnes ou familles sur lesquelles leur influence peut s'exercer efficacement.

La mère chrétienne ne doit jamais, cela va de soi, permettre à ses filles de céder aux fausses exigences d'une mode répréhensible ; mais il ne sera pas superflu d'ajouter que la femme d'un rang social plus élevé est plus rigoureusement tenue de ne pas tolérer chez ses visiteuses des immodesties de toilette. Un avis donné à propos empêcherait le retour de celte audacieuse absence de réserve qui viole les droits de l'hospitalité bien comprise. Et peut-être l'écho de ce blâme, arrivant opportunément à d'autres personnes peu attentives, complices des créateurs des modes inconvenantes, leur donnerait-il le courage de ne plus se déshonorer en portant ces toilettes indécentes ou toutes autres analogues que la sage maîtresse de maison aura réprouvées sans hésitation.

Nous croyons que cette ligue contre les dérèglements de la mode ne peut que trouver bon accueil chez les pères, les époux, les frères et tous les parents des courageuses militantes. Nous voudrions, en tout cas, que s'emploient à la favoriser et répandre du mieux possible les pasteurs sacrés et tous les prêtres qui ont charge d'âmes, là où la mode a franchi les limites de la modestie... et elle les a franchies en de nombreuses régions !

Mais que Notre parole soit entendue principalement de vous, très chères Filles, qui avez aujourd'hui manifesté votre résolution d'être des apôtres au milieu du inonde.

Il ne faut pas croire, du reste, que le bon exemple favorise seulement l'œuvre éducatrice qui revient directement à la femme, dans la famille comme au dehors; le courage chrétien, qui donne vie au bon exemple de la femme dans les milieux corrompus de notre époque et tient tête au débordement de modes indécentes, facilite encore la mission de la femme au milieu de la société. Aussi le langage populaire lui-même exprime-t-il un adage du bon sens quand il affirme que « la vertu s'impose ». (…).

Référence

Pape Benoît XV, « Allocution sur la mission de la femme dans la société », devant une délégation de l'Union des Femmes catholiques, 21 octobre 1919, in Actes de Benoît XV, tome II, Maison de la Bonne Presse, Paris, 1926, p. 69-70.

mardi 7 mars 2017

Contre les toilettes immodestes, J.-M.-Rodrigue cardinal Villeneuve, 1938


Jean-Marie Rodrigue Villeneuve (1883-1947)
À l'approche de la saison d'été, qui, au surplus, nous amènera cette année les grandes manifestations religieuses du Congrès Eucharistique Canadien, il ne semble pas inutile de rappeler une fois encore à tous Nos fidèles les exigences imprescriptibles de la morale chrétienne dans le vêtement. 

Nonobstant les suggestions de la mode et les exemples d'un trop grand nombre, les catholiques ne peuvent se laisser entraîner par le torrent de l'immoralité, ni surtout les pasteurs se relâcher de leur vigilance et de leur juste sévérité.

Dans l'église et même aux fonctions sacrées qui se déroulent en plein air, une particulière surveillance doit être exercée. Il n'est permis à personne d'assister aux saints offices, et à plus forte raison de se présenter à la Sainte Table ou au Confessionnal, sans être vêtu avec convenance, chacun selon son état.

C'est la loi canonique même : « Soit dans l'église soit hors de l'église, lorsque les femmes assistent aux rites sacrés, elles doivent avoir la tête couverte et être vêtues modestement surtout pour s'approcher de la Table Sainte » (canon 1262, § 2).

Les personnes du sexe ne sauraient donc être admises dans une toilette trop négligée ou trop mondaine : leur tenue, au contraire, doit respirer la modestie, elle doit être l'ornement et la sauvegarde de la vertu. 

Qu'elles aient donc un vêtement suffisamment haut au col, les bras couverts jusqu'au poignet, une robe qui descende au moins jusqu'en bas des genoux. Le mieux sera qu'elles y ajoutent un ample manteau. 

Leur tête aussi doit être couverte, préférablement d'un long voile, ou tout au moins d'un chapeau de dimensions convenables ; en tout cas un bandeau en forme de couronne ou de diadème ne suffit pas, encore moins une simple fleur ou quelque ornement jeté sur la chevelure.

Les hommes eux-mêmes ne sauraient franchir le seuil de nos églises en costume de sport, et encore moins – est-il besoin de le dire ? — en costume de plage.

Les Curés ont le strict devoir, en tant que gardiens et interprètes autorisés de la morale chrétienne, de ne négliger aucune occasion d'insister sur ce grave précepte de la modestie, selon la règle qui leur en est tracée par l'Apôtre saint Paul : « Insta opportune, importune ; argue, obscecra, increpa in omni patientia et doctrina » (2 Tim. 4, 2) [« Insiste à temps et à contretemps ; reprends, menace, exhorte, avec une entière patience et toujours en instruisant »].

En tant que gardiens du temple et de ministres des autels, ils ont mission d'écarter du lieu saint les profanations sacrilèges que sont les toilettes indécentes, provocatrices. Ils sauront donc, en postant même des surveillants attitrés, interdire l'accès de l'église aux personnes que leur tenue en rend indignes. 

Avec la prudence et la modération inhérentes à leur ministère, ils auront aussi à sanctionner leurs avis jusque par l'exclusion et le refus des Sacrements, conformément à cette règle portée par la Sacrée Congrégation du Concile, dans l'Instruction Vi supremi apostolatus, du 12 janvier 1930 (A.A.S., XXII, 1930, 27) :

Les filles et les femmes vêtues de façon déshonnête seront exclues de la Sainte Communion ; on leur interdira d'exercer les fonctions de marraine aux sacrements de Baptême et de Confirmation ; et, si le cas le comporte, on leur interdira même l'entrée de l'église.

Nous voulons espérer que les mères chrétiennes ne Nous amèneront point à cette extrémité de rigueur, en portant jusque dans la maison de Dieu la séduction et les livrées du paganisme. 

Au contraire, elles donneront un si parfait exemple de dignité et de convenance, elles inculqueront à leurs filles un si haut respect d'elles-mêmes et une si grande vénération du lieu saint, que nos églises seront protégées contre ces désordres funestes pour les âmes.

28 avril 1938.

Référence

J.-M.-Rodrigue cardinal Villeneuve, o.m.i., « Contre les toilettes immodestes », in Circulaire au clergé, n° 52, 31 décembre 1938 ; paru dans : Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques du Québec, volume 15, 1936-1939, Chancellerie de l'archevêché, Québec, 1940, p. 468-470.