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vendredi 17 mars 2017

Mode et modestie devraient aller ensemble, Pie XII, 1940


Eugenio Pacelli, dit Pie XII (1876-1958)

 
Le 6 octobre [1940], environ 20 000 jeunes filles appartenant à la Jeunesse féminine italienne d'Action catholique étaient rassemblées dans la cour Saint-Damase pour offrir leurs dons au Souverain Pontife et recevoir sa bénédiction.

Vivement ému, le Pasteur suprême prodigua à la vibrante assemblée ses directives et ses encouragements dans le discours que voici :

(…)

4. — Linge d'autel, nappes d'autel, ces fins travaux sont sortis blancs et purs de vos mains ; blancs et purs ils serviront aux saints mystères qui ne supportent pas de contact impur. Regardez l'autel et le tabernacle : l'un entièrement recouvert d'une nappe de lin retombant sur les deux côtés ; l'autre voilé du conopée.

Vous donc qui revêtez si pieusement l'autel et la demeure de Jésus-Christ, n'oubliez jamais que vous portez Dieu en vous par la grâce qui revêt votre âme ; n'oubliez pas que cette divine présence fait, non seulement de votre âme, mais aussi de votre corps, un temple saint. 

« Ne savez-vous pas, écrivait l'apôtre saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, que vos corps sont les membres du Christ ?... Ne savez-vous pas que vos membres sont le sanctuaire de l'Esprit Saint, qui habite en vous, auquel vous appartenez de la part de Dieu, sans plus vous appartenir à vous-mêmes  ? » (1 Corinthiens 6,15 et 19)

La pensée consciente de cette inhabitation divine, de cette incorporation au Christ, a fait naître et a développé à travers les siècles chez les peuples dociles à l’Évangile un religieux respect du corps qui se traduit dans un ensemble d'arrangement de la personne, des manières, du maintien, des paroles sagement réglées et mesurées : la modestie.

Et dès le commencement de l’Église le même apôtre voulait que les femmes portassent le voile dans les réunions sacrées et disait dès lors aux Corinthiens :

« Jugez-en donc par vous-mêmes : convient-il à la femme de prier Dieu la tête découverte ?... C'est une gloire pour la femme d'entretenir sa chevelure ; parce que les cheveux lui ont été donnés par manière de voile. » (1 Corinthiens 11,13 et 15)

Vous avez inscrit cette année en tête de vos projets et de vos initiatives la grande croisade de la pureté, cette pureté dont la gardienne est la modestie. Comme la nature a mis en chaque créature un instinct qui la pousse et la porte à défendre sa propre vie et l'intégrité de ses membres, ainsi la conscience et la grâce qui ne détruit pas mais perfectionne la nature, infusent dans les âmes comme un sens qui les met en garde vigilante contre les dangers qui menacent leur pureté.

Cela est spécialement caractérisé chez la jeune fille chrétienne. On lit dans la Passion des saintes Perpétue et Félicité, considérée à bon droit comme un des plus précieux joyau de l'ancienne littérature chrétienne, que, lorsque dans l'amphithéâtre de Carthage la martyre Vibia Perpétue lancée en l'air par une vache très féroce retomba dans l'arène, son premier soin et son premier geste furent de rajuster sa tunique, qui s'était déchirée, sur le flanc pour le recouvrir, plus attentive encore à la pudeur qu'à la douleur, pudoris potius memor quam doloris.

... et de la modestie.

Mode et modestie devraient bien aller et marcher ensemble comme deux sœurs, puisque les deux mots ont la même étymologie, du latin modus qui veut dire juste mesure, en deçà et au-delà de laquelle ne peut se trouver le juste ou le raisonnable (Horace, Sermones [Satires] I, 1, 106-107).

Mais la modestie n'est plus de mode ! Semblable à ces pauvres aliénés qui, ayant perdu l'instinct de la conservation et la notion du danger, se jettent dans le feu ou dans les fleuves, bien des âmes féminines, oublieuses dans leur ambitieuse vanité de la modestie chrétienne, courent misérablement au-devant des dangers où leur pureté peut trouver la mort. Elles subissent la tyrannie de la mode, même immodeste, d'une manière telle qu'elles paraissent n'en même plus soupçonner l'inconvenance ; elles ont perdu le sens même du danger, l'instinct de la modestie.

Aider ces malheureuses à reprendre conscience de leurs devoirs sera votre apostolat, votre croisade au milieu du monde : « Que votre modestie paraisse à tous les regards » (Philippiens 4,5).

Votre apostolat agira avant tout par l'exemple. Il appartiendra à votre très aimée présidente, à vos sages dirigeantes de vous apprendre comment, avant de porter un vêtement vous devez demander à votre conscience de quelle façon le jugera Jésus-Christ ; de vous avertir qu'avant d'accepter une invitation, vous devez considérer si votre invisible et céleste ange gardien pourra vous suivre en semblable rendez-vous sans se couvrir la face de ses ailes. Elles vous indiqueront quels spectacles, quelles compagnies, quelles plages vous devez éviter ; elles vous montreront comment une jeune fille peut être moderne, cultivée, sportive, pleine de grâce, de naturel et de distinction, sans se plier à toutes les vulgarités d'une mode malsaine, conservant un visage qui ignore les artifices comme l'âme dont il est le reflet, un regard sans ombres ni intérieures ni extérieures, mais à la fois réservé, sincère et franc.

Pour la défense, généreusement active, de votre pureté, Nous vous recommandons par-dessus tout la prière et d'une façon spéciale le culte de la sainte Eucharistie et de la Vierge immaculée à laquelle vous êtes consacrées.

Dans l'Eucharistie vous trouverez Dieu qui est la pureté même, parce qu'Il est l'infinie perfection quand Il se donne à vous. Il Nous plaît de répéter les paroles du prophète — comme « le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges » (Zacharie 9,17), Notre-Seigneur « qui est le resplendissement de la lumière éternelle et le miroir sans tache » (Sagesse 7,26) purifie votre âme et ses facultés, votre corps et ses sens. Plus une créature s'approche de Dieu et s'unit à Lui, plus elle est pure : plus elle aspire vers la pureté, plus elle tend vers l’Être infiniment pur.

Quand le Verbe voulut s'incarner et naître d'une femme, il jeta son regard sur la créature la plus idéalement parfaite ; une enfant dans la grâce de sa virginité. Après qu'à cette grâce vint s'ajouter, par un miracle unique, celle de la maternité divine, elle apparut d'une si sublime beauté que les artistes, les poètes, les saints tentèrent ardemment, mais toujours en vain, d'en faire le portrait.

L’Église et les anges la saluent des noms de Reine et de Mère ; les titres dont la piété des fidèles a ceint son front comme d'un diadème aux mille feux ou rayons, sont innombrables. Mais entre tous ces noms et titres de gloire, il en est un qui lui est particulièrement cher et qui suffit à la désigner : la Vierge.

Puisse cette Vierge des Vierges, Marie, Reine du très saint Rosaire, être votre modèle et votre force, dans toute votre vie de jeunes catholiques et spécialement dans votre croisade de la pureté.

Avec ce souhait et comme gage de sa protection maternelle et des plus abondantes grâces divines, de tout cœur Nous donnons à vous, et aussi aux personnes, aux œuvres, aux saintes entreprises pour lesquelles vous l'avez demandée, Notre Bénédiction apostolique.

Référence

Pie XII, Allocution aux jeunes filles de l'Action catholique, 6 octobre 1940.


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