Rechercher dans ce blogue

jeudi 7 juillet 2011

Définition de la modestie par le Dr F. Poujoul, 1857.


Cette définition date du XIXe siècle et reflète donc la façon dont les auteurs de cette époque conçoivent les caractères et les devoirs supposés des femmes.
 
 
MODESTE, Modestie 
(vertu). 


La modestie est la vertu de ces âmes bien nées, ou le sentiment d'humilité qui nous éclaire sur nos défauts et nous empêche de nous enorgueillir de nos vertus ou de nos talents.

On l'a encore définie : 

un sentiment de l'âme qui nous porte à nous regarder comme peu de chose en nous-mêmes, ou comparativement à nos semblables et à l'idéal que la raison et la foi nous prescrivent d'imiter. (P. Belouino.) 
 
On comprend, d'après cette définition, que la modestie ait été considérée par les moralistes comme un ornement pour les personnes qui peuvent prétendre aux plus hauts rangs, tout comme pour celles qui ont un mérite connu et distingué.

Cet ornement est utile aux uns et aux autres, quand la modestie est raisonnable, en ce qu'elle donne du relief à l'éloquence et à tous les grands talents qu'un homme possède, et rehausse l'éclat de toutes les vertus qu'elle accompagne. Elle produit le même effet que les ombres dans les tableaux ; c'est-à-dire qu'elle relève et arrondit chaque figure, et rend ses couleurs plus belles et plus douces, quoiqu'elle en diminue la vivacité.
Elle a encore cet autre avantage, qu'elle est une espèce de vernis qui relève nos talents naturels et qui leur donne du lustre. Il est certain qu'un grand mérite touche bien davantage quand il est accompagné de sentiments modestes, et, qu'au rebours, quoique mérite qu'aient les hommes, on se révolte contre eux quand ils s'en font trop accroire.
Nous venons d'étudier la modestie dans ses effets ; reste à établir que ce sentiment est une vertu que le tempérament nerveux favorise et qu'une bonne éducation développe.
Je désigne seulement le tempérament nerveux, parce que les personnes nerveuses sont en général les plus disposées à la modestie. Continuellement portées à la défiance, elles s'isolent, se cachent et fuient le grand jour. Sans cesse elles hésitent à se mettre en contact avec les hommes marquants ; elles ont avec cela peu de force morale et intellectuelle ; les rêves de la gloire, les aiguillons de l'amour-propre n'exciteront point leur âme ; elles éprouveront un penchant invincible pour la retraite, l'isolement et la tranquillité.
Il en est de ces personnes comme des femmes, en qui la modestie comme la pudeur tient à quelque chose d'intérieur, de mystérieux, qu'elles éprouvent sans s'en rendre compte. C'est un résultat de leur faiblesse organique, de leur timidité naturelle, de la vie tout entière qu'elles mènent ; de l'habitude où elles sont de se maintenir sans cesse, du modérer les manifestations de leurs penchants, et de l'espèce d'assujettissement qui leur est imposé. Une femme elle-même ne pourrait pas dire pourquoi et comment elle est modeste ; c'est un des nombreux mystères de son cœur, fait pour sentir sans comprendre et se rendre compte.
Mais moins la femme se rend compte de sa modestie, plus celle-ci doit avoir de mérite aux yeux de ceux qui savent la découvrir : de là ces grands avantages pour toutes les femmes. Elle augmente leur beauté, elle sert de voile à leur laideur, elle en est même le supplément.
Remarquons que cette vertu est non moins avantageuse, et par conséquent non moins prescrite aux hommes. Voyez un auteur véritablement modeste : il l'est aussi bien lorsqu'il se trouve seul qu'en compagnie, et il rougit dans son cabinet de même que lorsqu'une foule de gens ont les yeux attachés sur lui. Ce beau rouge de la nature, qui n'est point artificiel, est la vraie modestie ; c'est le meilleur cosmétique qui soit au monde.
Quand la modestie est ainsi développée, elle est généralement aimée de tous, parce qu'elle ne heurte pas leurs prétentions, ne limite pas leur orgueil et leur vanité ; parce qu'elle accorde tout et ne demande rien. Loin de contester le bien chez autrui, elle va souvent jusqu'à le supposer. Elle fait volontiers l'éloge des autres ; quant au sien, elle ne le fait ni ne veut l'entendre. Elle reçoit les conseils, ne s'irrite pas des corrections, laisse aux autres la première place et l'occasion de briller. Quelle que soit la récompense qu'on lui donne, elle trouve avoir trop pour son mérite.
Telle était la modestie de La Fontaine par rapport à ses ouvrages, que seul peut-être il n'a pas cherché à les apprécier.
Reste que la modestie est nécessaire dans la société et dans nos mœurs, pour permettre aux prétentions mutuelles, aux amours-propres individuels, de s'approcher sans se heurter, sans se blesser. Elle est nécessaire comme laissez-passer du talent, de l'opulence, de la vertu, même du bonheur.
Soyons donc tous modestes ; car ce n'est pas assez, pour acquérir l'estime et l'affection des hommes, que d'avoir de rares talents et d'éminentes qualités ; il ne faut point s'en applaudir ni les étaler pompeusement. En laissant entrevoir le peu d'estime que nous avons pour les autres, et la haute opinion que nous professons pour nous-mêmes ; en voulant prendre un trop grand ascendant sur tels ou tels, on révolte inévitablement tout le monde contre soi, et cela parce que chacun sent un secret dépit contre ceux qui l'effacent, et n'épargne rien pour se dédommager d'une supériorité si gênante.

Félix-André-Augustin Poujol, Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme : ou l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etc., J. P. Migne éditeur, 1857, col. 660.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire