Rechercher dans ce blogue

mardi 19 juillet 2011

Le syndrome d'abandon, selon Germaine Guex (7).


Madame V. paraît n’exister que dans le personnage qu’elle se crée, enveloppe vide qu’elle cherche constamment à rendre consistante. Nous avons l’impression d’un sentiment de soi très lacunaire, aux contours mal définis, les enfants n’apparaissent que comme prolongement maternel mal différenciés d’elle. Elle cherche sans arrêt à se monter conforme à ce qu’elle croit qu’on attend d’elle, se remplissant de nos propos qu’elle régurgite sans en avoir forcément compris le sens. Elle se fait tour à tour petite fille minaudant et séductrice, ou opposante et capricieuse. Toujours en dépendance du travailleur social ou de son époux qui ne peut répondre à tant d’exigence qu’il comprend mal. Elle se montre « incapable » et l’entraîne lui-même dans cette incapacité. Passive, à la limite parfois du masochisme, elle reste méfiante envers quiconque chercherait à l’aider, il ferait beau voir s’ils y réussissent car toute relation est rapidement interrompue ou brisée par des comportements qui entraînent les interlocuteurs au rejet ou au jugement lapidaire négatif à son encontre.
Ses accès d’angoisse sont nombreux et son entourage vit dans l’obligation perpétuelle de lui prouver qu’elle est la plus belle, la meilleure, la plus aimée. Reconnaissance qu’elle recherche mais détruit immédiatement en démontrant le contraire. Facilement autodestructrice, elle peut se mutiler ou se mettre en danger, incapable, bien entendu, de cadrer suffisamment ses enfants pour le s protéger. Elle a peur de tout, sans l’admettre et ne peut lier aucune amitié véritable, s’isolant, elle supporte cependant très mal cette solitude qui est d’ailleurs plus existentielle que circonstancielle. Sa vie est dominée par une insécurité affective de base avec la crainte permanente d’être abandonnée, non aimée, peu aimable. Elle est en demande perpétuelle d’attention, de réassurance, d’amour, avide, en attente, infantile et immature diront la plupart des observateurs. Elle admet mal la frustration qu’elle vit comme une agression, elle se dévalorise et possède peu de confiance en elle. 
 
Au fond, les « abandonniques » jouent sur les deux tableaux, celui de l’agressivité et celui du masochisme. Ce syndrome se manifeste par des réactions affectives et comportementales variées, différant d’un individu à l’autre, chez lesquels on retrouve cependant deux caractéristiques constantes : l’angoisse et l’agressivité se rattachant à l’absence d’un juste sentiment de soi et de sa valeur.

Nous pouvons affirmer que l’agressivité constatée est réactionnelle et consécutive aux privations d’amour de l’enfance, quelles que soient les formes qu’elles ont prises. Ces privations brutales ou progressives, régulières ou épisodiques, mais vécues intensément ont été traumatisantes à des degrés divers. Parmi les personnes rencontrés, beaucoup d’entre elles souffrent, pour une raison ou une autre, de ne pas avoir été suffisamment aimés : nous retrouvons souvent dans leur histoire la mort ou la disparition prématurés, voire inexpliquée de la mère, un père peu protecteur et aucune relation stable de substitution à laquelle s’attacher et les valorisant. Malheureusement beaucoup d’entre elles cumulent les circonstances et événements aggravants ; maltraitance, abus, placements répétés, s’additionnent et forment un ensemble de traumatismes que les plongent dans ce que l’on appelle actuellement la névrose post-traumatique des victimes, se superposant quasi point par point à celle antérieurement nommée abandonnique.

Les personnalités décrites se distribuent autour de deux pôles opposés : positif aimant et négatif agressif. Un premier type se construisant autour de caractéristiques plutôt simple : un système de régulation affectif sensible mais souple dépendant des besoins d’amour et de sécurité, un Moi quasi inexistant avec peu de motivation intellectuelle, une vie instinctuelle et pulsionelle élémentaire pour s’assurer la satisfaction des besoins de sécurité et se défendre des agressions.

Une autre catégorie plus complexe qui ajoute à ces principales caractéristiques un système d’interdiction assez contraignant, éveillant chez l’enfant, puis l’adulte immature, un profond sentiment de faiblesse et d’infériorité et l’impression perpétuelle de l’imminence d’un danger qui l’angoisse, le paralyse ou le rend fataliste vis-à-vis du malheur inhérent à sa condition. Le syndrome d’abandon se distingue de certaines psychoses à caractéristiques paranoïaques dans la mesure où, chez ces derniers, l’interprétation du malheur, de la trahison ou de la frustration est souvent univoque et stéréotypée.

Chez les abandonniques, tout est sujet à interprétation douloureuse. Le retrait et la distance affective de l’abandonnique sont des défenses remarquables contre le risque d’attachement et la souffrance, qui peut évoluer avec l’apparition progressive de la confiance et la sécurité, alors que chez le schizophrène, cet état est permanent. Les causes de l’abandonnisme sont de trois ordres :

- la constitution de l’enfant qui ne peut accéder à la rationalisation et admettre la perte fusionnelle initiale,
- attitude affective des parents,
- abandons traumatiques divers.

Dans tous les cas, l’enfant n’a pu acquérir, ni sentiment de sécurité, ni confiance en soi simple écho de celle des adultes, ni estime de soi grâce à la valorisation des parents, ni sentiment de valeur de soi reflet de sa propre capacité à se juger valable.

Source.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire