Rechercher dans ce blogue

lundi 4 juillet 2011

Définition de la timidité par le Dr F. Poujoul, 1857.

 
TIMIDE, Timidité (défaut). 


La timidité est la crainte de déplaire : elle vient ordinairement de l'ignorance, plus souvent du peu d'usage du monde, parfois de la sévérité avec laquelle on a été élevé, mais surtout enfin de la faiblesse de caractère et de l'habitude qu'on aura contractée de se façonner aux caprices et aux volontés des autres.
Sœur de la modestie à laquelle elle ressemble beaucoup, la timidité, quand elle est portée trop loin, devient un défaut. C'est elle qui fait un sot d'un homme de mérite, en lui ôtant sa présence d'esprit et lui enlevant la confiance qu'il doit avoir en lui-même. Et pourtant, il y a des hommes qui n'ont jamais pu surmonter leur timidité. C'est d'autant plus fâcheux pour eux qu'elle nuit généralement à ceux qui veulent faire fortune, et fait qu'ils lui sacrifient continuellement leurs intérêts. Aussi, voit-on l'homme timide se contenter du nécessaire, plutôt que d'aller demander un emploi ou une grâce qu'il pourrait obtenir ; le voit-on se priver de bien des choses, s'il manque d'argent et qu'il faille en demander lui-même à son débiteur ; le voit-on enfin, quoique vertueux et rangé, se laisser entraîner et faillir, s'il est avec des joueurs et des libertins.
Bref, dans toutes les circonstances de sa vie, l'homme timide se laissera influencer par cette fâcheuse disposition de son esprit. Je dis toutes, attendu que, quoi qu'en ait dit Cicéron, la timidité est une crainte habituelle et non passagère qu'on porte toujours avec soi, dont on ne peut jamais se séparer, et qui nous domine continuellement. Néanmoins, je dois le dire, il est des circonstances où un autre sentiment peut l'emporter sur la timidité, c'est l'amour du prochain. Ainsi, je connais un individu fort timide, mais bon, qui surmonte toujours sa timidité quand il s'agit d'un service à rendre. Alors il ose se poser en solliciteur, il parle avec assurance, il s'anime, et plus d'une fois il a été assez heureux pour obtenir ce qu'il demandait. Mais, quand il faut qu'il agisse pour son propre compte, oh ! alors sa timidité l'emportant, il hésite, se trouble, oublie la plupart des renseignements à donner, ceux même qui pourraient beaucoup sur l'esprit des personnes qu'il voudrait se rendre favorables Ordinairement il échoue dans ses démarches.
En outre, la timidité s'allie fort bien aussi avec le courage, et lui cède le pas quand il s'agit des intérêts de la patrie et de l'humanité. Combien ne voit-on pas, en effet, de gens timides faire d'excellents soldats et d'honnêtes citoyens ! Ainsi, en définitive, si la timidité est un défaut, c'est un défaut bien peu répréhensible, puisqu'il ne nuit jamais qu'au timide et point à la société.
Une autre preuve du reste que la timidité ne serait qu'un léger défaut, c'est qu'elle ne dégrade point la femme : elle la rend au contraire plus intéressante, et l'oblige à chercher un appui dans l'homme, ce qui est conforme aux lois de la nature. Aussi doit-il constamment s'efforcer, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, de la soutenir, de la protéger ; il est fort pour elle et elle devient forte en s'unissant à lui : mais combien ne le sera-t-elle pas davantage si elle s'attache à celui qui est plus fort que l'homme ! Prenez garde que je ne nie pas qu'il ne puisse y avoir des femmes fortes par elles-mêmes, c'est-à-dire par la volonté, par l'intelligence, et même par le corps ; mais ce sont des exceptions, des espèces d'anomalies, qui ne détruisent point la règle. Et cela ne nous étonne point, car la force physique et la force intellectuelle ne vont pas à la nature de la femme, et quand elle les possède, c'est ordinairement plus à son détriment qu'à son avantage : elle ne gagne point à avoir les qualités de l'autre sexe.
Ne confondons pas toutefois la timidité vraie et simple avec une sorte de timidité qui a toutes les apparences de la modestie, sans pour cela que ce soit celle-ci, vu que ce ne sont souvent que de fausses apparences. Ce qui le prouve, c'est qu'elle n'est pas toujours exempte d'orgueil ou de présomption, encore moins est-elle exemple de vanité. Ainsi, j'ai vu des gens timides étonnés eux-mêmes de se trouver tels, parce qu'ils savaient bien, disaient-ils, qu'ils ne manquaient pas d'esprit et qu'ils n'étaient pas plus dépourvus que d'autres des moyens de plaire. Il y a donc des timides présomptueux. Ceux-ci, loin de l'occasion, s'animent par la vue et le sentiment de leur prétendu mérite ; ils croient pouvoir se présenter en compagnie avec assurance, et y parler avec liberté ; mais à peine y sont-ils qu'ils se démentent et s'étourdissent.
Il en est d'autres, et c'est le plus grand nombre, qui ont plus de vanité que de présomption. Ils ne sont timides que parce qu'ils veulent trop plaire, et qu'ils sont trop sensibles aux jugements qu'on peut faire d'eux. Ils ne parlent qu'en tremblant, parce qu'ils ne savent pas comment on prendra ce qu'ils disent. On comprend que cette présomption doit produire le mépris d'autrui, et par là le manquement aux égards qui leur sont dus : c'est un double tort, car le défaut d'une juste confiance en soi-même produit une pudeur niaise et un embarras ridicule. Ainsi il faut avoir une bonne opinion des autres, et n'avoir pas trop mauvaise opinion de soi-même ; c'est le seul moyen, du reste, de surmonter sa timidité.

Félix-André-Augustin Poujol, Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme: ou l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etc., J. P. Migne éditeur, 1857, col. 818.
 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire