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jeudi 7 juillet 2011

Définition de la pédanterie par le Dr F. Poujoul, 1857.



PEDANT, Pédanterie
(défaut ). 


PÉDANT est un terme fort équivoque ; mais l'usage et la raison veulent qu'on appelle pédant tout homme d'une présomption babillarde, qui fatigue les autres par la parade qu'il fait de son savoir en quelque genre que ce soit, ou par l'affectation de son style et de ses manières ; ou, pour parler plus clairement : 

« On applique l'épithète de pédant à tous ceux qui, pour faire parade de leur fausse science, citent à tort et à travers toutes sortes d'auteurs ; qui parlent simplement pour parler et pour se faire admirer des sots ; qui amassent sans jugement et sans discernement des apophthegmes et des traits d'histoire, pour faire semblant de prouver des choses qui ne se peuvent prouver que par des raisons. » (Malebranche.) 
 
Ce vice de l’esprit est de toute robe : il y a des pédants dans tous les états, dans toutes les conditions, depuis la pourpre jusqu'à la bure, depuis le cordon bleu jusqu'au bonnet doctoral. Jacques Ier était un roi pédant.
Il est vrai néanmoins que le défaut de pédanterie est particulièrement attaché aux gens de collège, qui aiment trop à étaler le bagage de l'antiquité dont ils sont chargés. Cet étalage d'érudition assommante a été si fort ridiculisé et si souvent reproché aux gens de lettres par les gens du monde, que les Français ont pris le parti de dédaigner l'érudition, la littérature, l'étude des langues savantes, et par conséquent les connaissances que toutes ces choses procurent. On leur a tant répété qu'il faut éviter le pédantisme et qu'on doit écrire du ton de la bonne compagnie, qu'enfin les auteurs sérieux sont devenus plaisants ; et pour prouver qu'ils fréquentent la bonne compagnie, ils ont écrit des choses d'un ton de très-mauvaise compagnie. (Jaucourt.)
Gardons-nous de tomber dans l'un ou l'autre de ces extrêmes : évitons la pédanterie, la vanité, la fierté des pédants qui, s'ils ont beaucoup de mémoire, manquent ordinairement de jugement ; qui, s'ils sont heureux et forts en citations, sont malheureux et faibles en raisons. Évitons aussi la pédanterie dans les manières, attendu qu'une trop grande recherche dans le ton ou les actions nous rendent insupportables à la société, qui n'aime pas les gens mesurés et pointilleux dans leurs politesses. Et souvenons-nous enfin que si l'on doit éviter avec soin tout ce qui sent l'affectation (Oxenstiern), on doit éviter aussi ce laisser-aller dans les expressions et dans les manières, qui sont l' indice d'une bien mauvaise éducation.

Félix-André-Augustin Poujol, Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme : ou l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etc., J. P. Migne éditeur, 1857, col. 694.

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